GENÈVE SE VIDE !

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Les deux leaders de la banque privée genevoise Pictet et Lombard construisent en périphérie, à Pont Rouge et à Bellevue, chacun sa gare et sa sortie d’autoroute, loin du centre-ville. C’est une révolution urbaine pour Genève. Chaque jour, des milliers d’employés ne vont plus pénétrer en ville. Commerces et restaurants de proximité vont souffrir. 

Les rentrées fiscales vont en pâtir et la circulation sera allégée. Mais est-ce le seul constat? Non bien sûr, la crise sanitaire avec le port du masque et la distance sociale a amené la généralisation du «home office» et l’envie d’habitat à la campagne... la ville semble s’effondrer sur elle-même! Faisons donc le point sur l’avenir de la ville. 

D’abord Genève n’est pas un cas particulier. On peut retrouver ce modèle d’évolution par le vide ailleurs: Barcelone, Berlin, Zurich pour ne citer que quelques villes européennes. 

Ensuite, il faut bien comprendre le mécanisme sous-jacent du modèle économique de la ville. Sa concentration favorisait les échanges cours. Le quartier des banques était construit à Genève autour de la Bourse, la criée. On traversait la rue et on passait ses ordres d’achat ou de vente. La proximité était essentielle à toutes activités financières. Ce n’est depuis plusieurs décennies plus le cas. La digitalisation de la finance a emporté la criée, aujourd’hui tout est «on-line». La fin du «contact-client-privilégié» va emporter le reste. Le centre-ville n’apporte plus aucun avantage et coûte trop cher pour rien! C’est un constat sans appel.

Enfin, la ville n’a pas anticipé cette situation car la réflexion dominante se fixait sur la nuisance du trafic, le manque de parking, les rues piétonnes et rendre la ville plus verte, mais rien sur son éventuelle désertification! Les centres commerciaux et les banlieues résidentielles (notamment les cités satellites), avaient déjà montré le chemin... la ville se construisait hors de ses murs à sa périphérie grignotant la campagne. Nyon et Bulle en sont de terribles exemples. La ville dans son manque d’anticipation va devoir gérer principalement deux activités dans le futur: l’administratif et la culture, cette dernière doit de plus faire face à la plus grande menace pour sa survie: la crise sanitaire du Covid-19!

Tout semble jouer contre la ville. Alors quel est son avenir?

Si tout s’en va à la périphérie pour des raisons d’économie et de bien-être, quelques activités devront rester en ville pour des raisons objectives? Les services administratifs devraient être les derniers «mohicans» des villes, car il y a du sens à regrouper l’administration. 

Aujourd’hui rendre plus efficace le service public, c’est le concentrer dans une zone, en finir avec les doublons (plusieurs services qui s’occupent d’une seule demande comme par exemple les permis de construire), en finir avec les multiples guichets (la solution étant le «on-line» mais aussi le «one stop shop»), en finir avec des bâtiments éparpillés au hasard du développement urbain (qui coûtent cher en location), etc. La ville fonctionnelle à tâche administrative devient le «must». Université, Grand Théâtre, Comédie, Palais de justice, musées, administration, notamment, vont se concentrer au centre et le reste va en périphérie.

Un urbanisme nouveau naît devant nos yeux. Encore faut-il en être conscient!

 

(article publié dans AGEFI 12.08.29)

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