• Horlogerie Suisse : le crépuscule ?

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    Les horlogers sont des gens optimistes. Ils montrent toujours ce qui va bien et donc ne parlent que du verre à moitié plein. La vérité est celle que l’on proclame ... pas celle des faits.

    Examinons les faits.

    Aujourd’hui comme chaque mois, la fédération horlogère suisse diffuse son communiqué de presse : il est enthousiaste. Les exportations ont retrouvé en valeur le chemin de la croissance (+4,3%). Mais la vraie information qui fait mal, c’est celle desvolumes. Il s’agit en effet du douzième mois consécutif de baisse et la tendance s’est encore accentuée. En un mois, 390'000montres de moins ont été expédiées à l’étranger (sell-in) ! Cela fait mal.

    Alors comment est-ce possible ?

    D’abord, il faut voir que depuis la crise horlogère des années 2015/2016, les suisses ont perdu massivement du terrain dans l’entrée de gamme (montre à moins de 200 CHF au prix export). Deux raisons à cela : (1) la montre connectée se développe principalement dans ce créneau et (2) les marques performantes - américaines ou chinoises – envahissent ce secteur. Mais pour l’industrie suisse, cela signifie moins de volume donc un appareil de production sous-utilisé. Cela complique la tâche de tout le monde et notamment celle des sous-traitants.

    Ensuite selon Philippe Dufour, Maître Horloger à la Vallée de Joux qui déclarait au journal Le Temps du 8 juin dernier : « …depuis dix, quinze ans, nous sommes de plus en plus nombreux à nous partager le même gâteau. L’Allemagne (avec Lange & Söhne, par exemple) monte en force. De même que le Japon (on peut citer Grand Seiko et Credor). Mais aussi les Chinois, les Indiens… Et donc les tranches du gâteau sont devenues de plus en plus maigres. Deuxième problème, le gâteau est lui-même devenu plus petit. Des pays comme l’Ukraine ou la Russie n’achètent presque plus de montres. En Chine, il y a davantage de taxes et de moins en moins de corruption. En Europe, le marché est mourant et l’économie américaine ne redémarre pas comme prévu. Malgré ces deux phénomènes, en Suisse, on a continué de produire des montres sans s’arrêter. Un ami qui tient une boutique à Hongkong me dit qu’il a deux ans de stock. Et ici, à la Vallée, les horlogers me disent que les grandes manufactures ont deux ans d’avance dans la production de mouvements. Vous voyez le problème ? Et il ne faut pas oublier que les montres sont des denrées périssables. Après trois ans, on ne peut plus les vendre sans les réviser car, si elles ne tournent pas, les huiles sèchent. En fait, « ceux qui pensent » dans l’horlogerie aujourd’hui, les patrons, sont des capitaines de beaux temps. Ils sont installés sur des voiliers et savent apprécier un cigare ou un whisky. Mais aujourd’hui, nous sommes en pleine tempête et ça tabasse de tous les côtés : la plupart ne sont pas prêts pour affronter cela… ». Pour confirmer ces dires vous pouvez regarder les comptes 2018 de Swatch et vous verrez que le Groupe a provisionné pour plus de 5 milliard de stock ! Il y a du stock, partout. C’est un problème.

    Enfin, Apple Watch continue à être avec sa « smartwatch » une autre difficulté pour les suisses. En effet, Apple Watch est la montre la plus vendue au Monde et ceci largement marge. Et donc si les gens achètent un Apple…ils n’achètent pas suisse ! Le nombre d’unités vendues par les américains a considérablement augmenté ces derniers temps. La société californienne a dépassé Rolex … en volume et en valeur ! 

    Bref un examen de conscience est aujourd’hui plus que nécessaire avant que la nuit tombe sur l’horlogerie suisse !

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  • Une intelligence artificielle peut-elle déposé un brevet ?

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    La question se pose déjà car des juristes anglais ont déposé les premières demandes de brevet au Royaume-Uni pour deux inventions créées de manière autonome par une intelligence artificielle appelée DABUS, appartenant à la compagnie américaine «Imagination Engines».

    L’équipe anglaise dirigée par le professeur Ryan Abbott, Université du Surrey au Royaume-Uni a, elle aussi, fait les démarches pour déposer au nom de l’IA les brevets. La question étant: une intelligence artificielle peut-elle déposer un brevet? Car Dabus a généré deux inventions originales qui sont devenues la base de ces deux demandes de brevet.

    La première étant une application concerne un nouveau type de récipients de boisson basée sur la géométrie fractale et l’autre, un dispositif destiné à attirer davantage l’attention pour les opérations de recherche et de sauvetage.

    L’Office de la propriété intellectuelle du Royaume-Uni a déclaré que cette demande semble être nouvelle, inventive et susceptible d’application industrielle, ce qui constituait le fondement d’une invention sur laquelle un brevet peut être déposé. L’office n’a pas été plus loin pour l’instant car la question est de savoir si une IA peut être un inventeur est toujours une question ouverte et qui pourrait ne pas être facilement résolue. Aucun pays n’a de loi spécifiant expressément si une invention générée par une IA peut être brevetée ou admissible en tant qu’inventeur. Et les lois n’indiquent pas à qui appartient une invention générée par l’IA.

    En droit des brevets traditionnel, un inventeur devient le titulaire d’un brevet. La plupart des gouvernements limitent le droit d’inventeur à des personnes physiques. L’équipe de juristes britanniques affirme qu’une telle approche ne devrait pas être utilisée pour nier la protection des œuvres générées par l’IA. Dans les demandes de brevet relatives aux inventions de Dabus l’IA a, semble-t-il «rempli» de manière fonctionnelle l’acte conceptuel qui constitue la base de la qualité d’inventeur, a déclaré le professeur Abbott, membre de l’équipe de chercheurs. «Il ne ferait aucun doute que l’IA était le seul inventeur s’il s’agissait d’une personne physique. La bonne approche consiste à classer l’IA en tant qu’inventeur et à attribuer à son titulaire le cessionnaire ou le titulaire de ses brevets.»

    Les demandes au nom des inventions Dabus peuvent obliger les offices de brevets, les tribunaux et les législateurs à mettre à jour leurs pratiques en matière de brevets. Abbott note que des inventions générant une IA étaient revendiquées depuis des décennies, mais qu’un inventeur d’IA n’avait jamais été divulgué dans une demande de brevet. Dabus a été créé par le Dr Stephen Thaler, CEO d’Imagination Engines. Thaler est titulaire d’un doctorat en physique de l’Université du Missouri et a mené une longue carrière dans la recherche d’applications pour les réseaux de neurones. Dabus est une «machine de créativité» dotée d’un système de réseaux de neurones qui génèrent de nouvelles idées en modifiant les interconnexions des réseaux.

    Au regard de ce qui se passe avec d’autres IA, comme en peinture ou en écriture automatique, on peut admettre que l’IA pourrait fondamentalement changer la manière dont la propriété intellectuelle est protégée. Dans certains cas, l’IA n’est plus un simple outil, mais un système complexe capable d’automatiser l’innovation et donc se pose la question de la propriété de l’innovation. Une nouvelle ère s’ouvre.

    (extrait article BBC)

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