20/04/2017

les chinois rêvent de montres suisses ... connectées!

Shanghai, début avril: en visite pour comprendre l'avenir de l'Internet of Things (IoT), une délégation suisse conduite par la Chambre neuchâteloise du commerce et de l'industrie n'en revenait pas: dans un centre hyper-hightech de la compagnie DFRobot, de jeunes "makers" chinois ont montré leur extraordinaire inventivité. Fini l'image d'un peuple de "copieurs", désormais la Chine invente. Chez les plus branchés des jeunes entrepreneurs chinois, la créativité a pris nettement le pas sur leur capacité légendaire à copier. Désormais, plus que les ateliers du monde, la Chine se dote d'une grande capacité d'invention. La roue tourne. Il va falloir compter sur une autre Chine.

Quand ce fut le tour de montrer un objet fait 100% en Suisse, Jean-Marc Wiederrecht, membre de la délégation, exhiba sa montre mécanique révolutionnaire qu'il venait de présenter à BaselWorld. Incroyable les jeunes électroniciens de la révolution "IoT" se sont précipités sur le podium pour voir la merveille. Il semblerait même que dans le monde moderne des geeks chinois, l'efficacité du marketing des horlogers reste intacte. Sans aucun doute, la montre suisse a encore de l'avenir en Chine !

Mais il est bien clair que désormais, il faudra moderniser celle-ci. En complément à la mécanique, il faudra y ajouter de la connectique. L'avenir des horlogers suisses doit passer obligatoirement par une intégration de puces, de censeurs et autres softwares de l'Internet of Things. C'est notre destin mais aussi une opportunité car l'emplacement sur le poignet est devenu stratégique pour tous. Que se soit la santé, la sécurité, le paiement, le contrôle des objets, etc., le poignet est la position idéale de l'IoT. C'est simple: soit on est présent, soit on en est exclu. Ce n'est plus une question de choix mais une question de vie ou de mort pour cette industrie.

Notre chance, c'est que nous possédons les compétences ! Il ne reste plus qu'à orchestrer la mise en œuvre. Comment cela pourrait-il se passer?

Le canton de Neuchâtel devrait être au centre de cette révolution de l'IoT. Déjà inventeur de la montre à Quartz dans les années 60, il peut aujourd'hui compter sur le dynamisme de ses entreprises (par exemple EM Microelectronic Marin) et des Hautes Écoles (Université de Neuchâtel, EPFL Microcity, He-Arc et le Centre de recherche du CSEM). Pas moins d'une douzaine d'initiatives ont été lancées dans le canton pour affronter cette mutation indispensable pour une industrie hautement technologique: celle des puces et censeurs à très base consommation d'énergie. C'est le cœur même de l'IoT qui s'y joue.

Ainsi par exemple, le CSEM vient de faire une annonce retentissante en amorçant la maîtrise de toute la chaîne de fabrication des objets connectés dédiés à l'Internet des Objets. En effet avec le Groupe Swatch, ils vont développer la pièce manquante: un système d'exploitation pour les objets connectés à faible consommation d'énergie. Cette innovation stratégique va propulser, à n'en pas douter, la région comme l'un des leaders mondiaux de la révolution numérique des objets. Son directeur Mario El-Khoury avait déjà beaucoup œuvré pour mettre le CSEM et Microcity au sein de la révolution industrielle, maintenant il fait franchir un nouveau pas à ses équipes de chercheurs mondialement respectés.

Sans aucun doute, les chinois vont devoir traiter avec les suisses. Ils semblent adorer cela si l'on constate leur enthousiasme pour les montres suisses!

09/04/2017

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE: et si c'était Fillon-Mélenchon?

Unknown.jpeg

 

Dans les sondages, Fillon remonte. Son camp y croit.

D'autant plus qu'ils ont déjà joué le même coup contre Juppé à l'automne dernier.

Et chez Mélenchon, cela continue à siphonner sec les voies des électeurs d'Hamon.

Pour Macron et Le Pen, les vents sont contraires. Ils tombent - encore légèrement - dans les intentions de votes.

Ils sont donc tous à portée du taux d'erreur des sondages (+/- 3%).

Et comme depuis une année en Angleterre et aux USA, ceux-ci ont montré les limites de leur prédiction.

Rien n'est joué.

Il reste 15 jours.

Si l'on se retrouve avec un match Fillon-Mélenchon au second tour, il y aura vraiment du spectacle.

Et pour le citoyen français, une fois la menace de l'extrême droite éloignée, un vrai débat de société commencera enfin...

 

21/03/2017

La crise s'invite à BASELWORLD

Les statistiques à l'exportation sont formelles, l'horlogerie plonge encore en ce début d'année (février -10%) ainsi que la bijouterie et joaillerie (-21%).

C'est un désastre pour les exposants de Baselworld car ils espéraient retrouver le sourire. Encore raté!

Le communiqué de la Fédération Horlogère est sobre, il indique cependant leur désarroi:

"La baisse n'a épargné aucun groupe de matières. Les montres en métaux précieux sont restées un acteur majeur de cette tendance. La catégorie "autres métaux" a également été fortement affectée, avec toutefois un impact moindre sur le total. Du côté des volumes, les catégories Montres-bracelets par matières "autres matières" et "Autres métaux" ont significativement tiré les résultats vers le bas. 

Le repli s'est révélé nettement plus marqué aux deux extrémités de l'échelle des prix. Les montres de moins de 200 francs (prix export) ont vu leur valeur exportée perdre plus de 20%, alors que la réduction a indiqué -11,9% pour les garde-temps de plus de 3'000 francs. Entre deux, le chiffre d'affaires à l'exportation a diminué plus modérément, avec -4,0%.

La baisse a continué de perdre de la vigueur à Hong Kong, mais de manière hésitante. En février, elle a été plus marquée que la moyenne mondiale, avec -12,1%. Les Etats-Unis ont connu un des plus forts reculs, après pourtant deux mois de hausse. La tendance négative est en phase avec les résultats de ventes sur ce marché. La Chine a affiché une nouvelle progression mensuelle, pour la sixième fois sur les sept derniers mois. Le Royaume-Uni s'est également maintenu dans les chiffres positifs. Souffrant d'un effet de base très défavorable, la dégradation du marché japonais s'est confirmée en février, à l'image du mois de janvier. L'Italie, l'Allemagne et la France se sont inscrites en baisse. "

C'est le moment d'agir ...

14/03/2017

BIG DATA pour médecine LOW COST

Les données non structurées du Big Data vont transformer plus sûrement la médecine qu’aucune réglementation ne l’a jamais fait auparavant. Ni la FDA, ni le Gouvernement US (ni bien sûr le Conseil Fédéral) ne sont parvenus à contenir l’explosion des coûts de la santé, le Big Data va pouvoir le faire. La Mayo Clinic, considérée par tous comme le meilleur hôpital privé au monde, veut être pionnier en la matière. Cette année son fameux concours: Think Big Challenge a récompensé, le 15 septembre dernier, l’entrepreneur S. Nigam, un révolutionnaire de la médecine prédictive.

Visite et explications:

Depuis tout temps, les médecins ont essayé d’établir leurs diagnostics, leurs traitements et leurs prescriptions à partir des informations fournies par le malade et les examens médicaux. Ces informations étaient alors limitées en termes de quantité et de temps (durée de la prise des mesures). Aujourd’hui, les informations seront plus qu’abondantes … elles seront pléthoriques… mais grâce aux “data analytic”, aux “data mining”, aux “machine learning”, etc. tout va changer… on entre dans une ère dite de la “médecine prédictive”.

La Mayo Clinic qui est l’un des précurseurs en la matière, s’est lancée depuis quelques temps avec force dans le Big Data et les données non-structurées. Ces dernières sont devenues de plus en plus pertinentes avec l’interaction entre les sciences de la vie et de la mathématique algorithmique.

Maintenant on est capable d’associer de grandes quantités de données issues des moyens traditionnels avec celles produites par le flux d’information provenant d’objets connectés, qui sont en train d’envahir notre quotidien. Ainsi la médecine se tourne massivement vers le “pouvoir des données plus que celui des molécules”.

Toutes ces données, souvent insignifiantes mais qui une fois traitées et analysées par des formules mathématiques appropriées et de puissants outils numériques vont devenir souvent plus pertinentes que celles recherchées par les généticiens dans le tréfonds de nos cellules.

Demain, les données concernant la santé ne seront plus seulement le résultat d’un examen ou d’un acte médical, voir d’un décodage du génome mais bien celui d’un processus continu destiné à mettre à jour une information médicale pertinente. Car l’irruption du Big Data n’est ni anodine, ni fortuite dans le monde médical.

Il est intéressant de constater que cette révolution de l’algorithmique converge aujourd’hui avec une nouvelle approche de la maladie et des moyens pour la combattre. L’expression la plus marquante de cette nouvelle approche est sur le plan du médicament, l’arrivée de classes thérapeutiques comme les antirétroviraux ou l’immunothérapie ainsi que de nouveaux traitements comme les nano-médicaments, les anticorps monoclonaux ou les vaccins thérapeutiques qui à la fois ont la vocation de combattre la maladie avec celle d’aider le corps à s’en débarrasser.

Mais aussi, le développement de la «médecine personnalisée» permet d’ajuster le traitement du patient tout en dépassant le pur décodage du génome pour accéder aux informations non structurées. Ceci permettrait un traitement plus approprié dans la durée.

Le Big Data, c’est enfin la possibilité de prédire avant de prévenir. Ce qui transformerait la maladie perçue depuis la nuit des temps comme une fatalité en un événement prévisible, traçable et espérons-le guérissable.

Mais surtout cela va remplacer bon nombre de postes de travail du système de santé et créer enfin les économies tant espérées par tous. Si l’on peut prédire alors on a moins d’urgences et d’erreurs à gérer pour plus de précision et de rapidité d’interventions, sans les doublons ni les interventions inutiles… il y a moins de travail et donc moins de besoins en personnel …

… à méditer dans un contexte politique du contrôle des coûts de la Santé … n’est-ce pas Monsieur Berset!

 

(forwardé depuis LinkedIn)

21/02/2017

HORLOGERIE SUISSE: déçu tout court !

Pas moyen de se réjouir, en ce début 2017, les exportations horlogères sont toujours en recul. Le mois de janvier affiche une baisse de 6,2%, pour une valeur totale de 1,4 milliard de francs. La tendance négative a perduré avec certes un peu moins de vigueur, mais elle est encore significativement orientée vers les chiffres rouges. On est déçu.

Il faut garder son sang froid, les crises sont loin d'être terminées.

Car même si le marasme chinois (crise conjoncturelle) perd de sa vigueur et que celle de la surcapacité industrielle de production (crise structurelle) n'en finit pas de dégraisser, on n'est pas du tout sorti de celle de la montre connectée (crise systémique). Car voilà que se pointe une toute nouvelle crise pour les horlogers suisses: celle de l'effondrement du "retail", de la distribution par les magasins.

Certaines grandes marques commencent déjà à fermer leurs propres boutiques mais surtout elles voient les magasins spécialisés (leurs partenaires traditionnels) souffrir voir dépérir tellement la concurrence des ventes par Internet leur font du mal.

C'est le début d'une nouvelle Berezina annoncée...

Les magasins se prennent le "tsunami" des ventes par discount sur Internet en pleine face. C'est ravageur car il n'y a pas vraiment de remède ... en effet, lorsque les consommateurs auront pris l'habitude de payer une Rolex ou une Breitling avec des rabais de 40, 50 voir 60% sur Internet ... ils ne reviendront plus jamais en arrière, c'est-à-dire dans les magasins où ils devront payer le prix catalogue!

Les marques horlogères sont entièrement responsables de cette situation en ayant vendu comme toujours leurs surplus au marché gris. Ce dernier ne se cantonne plus aujourd'hui de vendre à travers des réseaux secondaires mais déverse les stocks d'invendus sur le monde entier via Internet.

D'autres secteurs ont connu avec Internet des déboires foudroyant du même type: songez aux libraires avec Amazon, aux médias (l'information est aujourd'hui pour l'essentiel gratuite) ou encore à l'industrie de la publicité (des supports comme les téléphones mobiles sont 100 fois moins onéreux que la télévision!).

Ne pas affronter cette crise pourrait coûter cher, très cher à une industrie horlogère qui a vraiment beaucoup de peine à se réinventer face à la révolution du numérique.

Et pourtant une solution simple existe qui serait de créer la rareté.

Eh oui, revenir au bon vieux temps avant l'abondance! En produisant moins, il n'y aura ni surplus, ni marché gris et surtout pas de place pour des discounts agressifs de montres de luxe sur Internet.

01/02/2017

L'APPLE WATCH AVANCE - L'HORLOGERIE SUISSE RECULE !

 

C'est le moment de l'admettre : Apple Watch est un succès.

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 5,2 millions de montres connectées vendues par Apple d'octobre à décembre dernier (voir ici). Le dernier trimestre 2016 a battu tous les records de vente selon Tim Cook. Les annonces du CEO d'Apple hier soir ont été remarquables surtout pour l'iPhone mais aussi pour l'Apple Watch. Deux ans et demi après son premier lancement (24 avril 2015), l'Apple Watch continue à bien se vendre, même très bien. En l'espace de deux ans et demi, Apple a tout de même écoulé 25 millions de montres.

L'horlogerie suisse par contre a connu une mauvaise année 2016 avec un recul d'environ 10% des ventes (sell in).  

Ainsi, le match Apple - Suisse progresse en faveur des californiens. Au dernier trimestre 2016, on a eu 5,2 millions de pièces vendues d'un côté pour environ 6,5 de l'autre. Apple n'est plus très loin de battre toute l'industrie suisse en volume.

Incroyable!

Les mauvaises langues n'y avaient jamais cru. La montre d'Apple avait été fort critiquée par les spécialistes de la presse horlogère. Mais il faut bien le reconnaître aujourd'hui, il existe un phénomène de la "smartwatch" et Apple est le leader de la branche et ce n'est sans doute pas fini: attendons la série 3!

Souvenez-vous que c'est seulement avec l'iPhone 3 que les ventes du "smartphone" ont vraiment démarré. Gageons qu'il en sera de même avec l'Apple Watch 3.

Apple n'a vraiment pas le choix. La firme de Cupertino a besoin d'un relais de croissance. L'iPhone finira par s'essouffler.

En ce qui concerne l'industrie horlogère suisse, on attend toujours une réponse cohérente et forte.

26/01/2017

HORLOGERIE SUISSE: DIFFICILE ANNÉE 2016: QUELLES LEÇONS À RETENIR?

Les chiffres sont tombés aujourd'hui pour les exportations horlogères suisses de 2016: moins 9,9 pour l'année en terme de valeur. Mais si on regarde la quantité de montres exportées alors, c'est plus décevant 25,4 millions! Il faut remonter à 2009 (en pleine crise économiques des subprimes) pour trouver moins bien.

Comment interpréter alors l'année 2016?

Trois choses importantes se dégagent des chiffres. Reste à les comprendre

D'abord, les maisons horlogères continuent à privilégier les montres de luxe (au delà de 3'000 CHF). Pour rappel, l'industrie suisse vendait environ 500 millions de montres bracelets dans cette haute catégorie en 2000 pour environ 1'500 millions aujourd'hui. Triplé en 17 ans! C'est donc ce que l'on peut appeler une tendance lourde et avec un glissement prononcé vers la joaillerie, cela devrait encore continuer dans ce sens malgré des annonces intempestives de Jean-Claude Biver (il veut faire descendre en gamme ses montres ou du moins celles de Tag Heuer!). La Suisse se profile de plus en plus, principalement dans la Haute Horlogerie laissant à ses concurrents américains et asiatiques les entrées de gamme. Est-ce dangereux pour l'appareil de production industriel qui sous-tend la fabrication? Seul l'avenir nous le dira. 

Ensuite, à cause des immenses surplus engendrés par le différentiel entre "sell in" et "sell out", les marques ont d'une part rapatrié massivement des montres en Suisse (pour près de 4 milliards) et d'autre part, vendu sur le marché gris d'importants stocks. Résultat: les discounts sur Internet ont explosé. Il n'est plus rare de trouver des montres de grandes marques pour 40%, voir 50% de rabais, parfois même jusqu'à 70% ou plus... Un vrai massacre. Il va être difficile à l'avenir d'imposer une vérité des prix dans ces conditions nouvelles.

Enfin, l'année se finit mieux qu'elle n'a commencé (la baisse se ralentit) ce qui donne de l'espoir pour 2017. On se dirige vers une inversion de la courbe. Mais il ne faut pas trop se réjouir car après deux ans de baisse continue c'est presque normal voir mathématique.

En conclusion ... l'avenir paraît encore très incertain face aux nouveaux défis ... seule la joaillerie sort son épingle du jeu ... alors faisons des montres de joaillerie comme à l'époque de Calvin ....

 

 

20/01/2017

Le Salon International de la Haute Horlogerie: transition ou rupture ?

SIHH, le prestigieux salon genevois de la Haute Horlogerie a ouvert ses portes ce lundi. Bien qu'ouvert pour la première fois ce Vendredi au grand public, c'est tout de même un salon d'abord réservé aux professionnels de la branche. Il est placé cette année sous le signe de la transition. Terme utilisé par Madame Fabienne Lupo, directrice du salon, et que nous reprenons volontiers dans cette chronique tellement il correspond bien à notre époque.

Donc "Transition" mais reste à savoir de quel type de transition: Allons-nous vers un nouveau monde du luxe ou simplement s'agit-il d'un palier avant de nouveau sommet comme l'espère ce vieux renard de Biver, patron du pôle montre chez LVMH, dans un récent article de la NZZ?

Tout indique plutôt que nous allons basculer vers un autre monde. En effet, trois bouleversements sont en train de changer les conditions sous-jacentes du marché du luxe: l'entrée en compétition de nouveaux acteurs provenant principalement de Chine, l'intervention musclée des GAFA et finalement le changement d'attitude de la clientèle. Tout cela aura des conséquences fondamentales pour les grandes marques européennes et notamment pour la haute horlogerie suisse. Faisons ici le point de la situation.

D'abord des marques de pays émergeants, avant tout provenant de Chine, vont venir concurrencer fortement les marques établies en cassant les prix, mais aussi en imposant de nouveaux marqueurs du luxe et en offrant une véritable alternative à l'expérience-client. Songez que des marques comme Ne-TigerShiatzy ChenSCfashionUma Wang, Qiu Hao, Masha Ma, Liu Lu ou Wuyong, May J.Shanghai TangQeelin,Wallace Chan Liuli Gongfang ... font déjà des chiffres d'affaires intéressants et parfois comparables aux marques de luxe européennes ou américaines. Ainsi l'inversion dans l'industrie du Luxe a déjà commencé ... la Chine n'est plus seulement une terre de production pour les marques occidentales mais est devenu aussi un terreau de créativité très productif et qui va bientôt commencer la conquête des marchés globaux.

Ensuite, les géants du Net entament un virage vers le luxe notamment à travers la montre connectée. On parle désormais de "Beauty Tech" pour désigner ce changement. Noël 2016 a vu les ventes de l'Apple Watch décoller comme celles de Samsung, Android, LG ou Tag Heuer. Bref, la montre connectée se présente désormais comme un futur acteur incontournable.

Enfin, la révolution culturelle de la clientèle qui petit à petit, quitte le monde de la consommation pure pour celui du vécu. Les "communicants" parle d'expérience-client pour désigner ce virage. En fait, on passe d'un monde du luxe qui privilégiait l'avoir à une phase qui met en évidence l'être. Les voyages, les aventures, l'inédit culinaire, etc. sont à la mode. Ce qui est le luxe ultime, c'est l'expérience. Une partie de tennis avec Roger Federer, un voyage avec Bertrand Picard, être sur le "floor" avec Stephan Eicher, avoir une discussion privée avec Klaus Schwab ... voilà ce qui compte désormais. C'est-à-dire que l'évolution de la société va vers plus d'expérience-client. Le luxe va devoir s'y mettre aussi et rapidement.

Au final, la transition ressemble plus à une rupture comme celle imposée par Uber ou AirBnB qu'à une lente évolution des coutumes comme le sous entend a priori le mot "transition". Le "Nouveau Marketing" émerge de partout et il ne sera plus axé sur la "valeur produit" mais sur "l'expérience client" et quand vous vendez des montres c'est pas gagné d'avance.

04/01/2017

LES RADIOLOGUES "VIRÉS" PAR LES ALGORITHMES?

Un article scientifique paru dans le prestigieux "New England Journal of Medecine" fait depuis trembler le monde des radiologues. Ecrit par le Docteur Obermeyer de la Harvard Medical School et son collègue Emanuel de l' Université de Pennsylvanie, il décrit comment les nouvelles techniques de l'intelligence artificielle qui s'appuient sur les Big Data et les Machines Learning, vont remplacer très avantageusement à terme les médecins radiologues en fournissant analyses et diagnostics en tant réel et sans frais!

C'est sans doute par là que tout va commencer. La médecine est à la veille d'une révolution sans précédente: celle du numérique (digital health).

La radiologie qui aujourd'hui coûte beaucoup d'argent au système de santé, est une cible privilégiée des innovateurs du "digital health". En effet, lorsque vous voulez pénétrer un métier, celui de la médecine en l'occurrence, autant commencer là où il y a des marges, de grosses marges. Ainsi si vous entrez dans le champ des radiologues et que vous pouvez offrir un meilleur service tout en cassant les coûts, alors vous êtes sûrs d'obtenir un large soutien ... notamment de la population et des politiques par conséquence.

C'est certainement ainsi que cela va se passer.

L'analyse des images est le champ d'activité de prédilection pour les algorithmes auto-apprenantes car ces dernières sont excellentes dans la reconnaissance de formes. Le suisse Reto Wyss de la start-up Vidi à Fribourg, en est d'ailleurs l'un des représentants les plus talentueux. Mondialement connu, il fait lire et interpréter à ses algorithmes auto-apprenantes un peu près n'importe quelle vidéo. Chercher une pièce défectueuse à la sortie d'une chaîne de production ou une globule blanche anormale au milieu de milliers d'autres, fait partie de ses prouesses. Alors imaginez-vous analyser une radio ... un jeu d'enfant!

Ces algorithmes ne sont pas de type systèmes experts comme jusqu'alors, car elles ne fonctionnent pas sur une expertise préétablie et normalisée dans des Data Bases. Non, elles ne cessent d'apprendre et de se perfectionner avec le flux constant de Big Data provenant de milliers d'expériences car plus vous les alimenter en données provenant de cas concrets, plus elles s'améliorent. Elles finissent par fonctionner parfaitement. Ce sera fatal à l'être humain qui atteint finalement toujours assez vite ses limites au contraire de ce type de "machine".

Le "Machine Learning", nom donné à cette discipline de l'intelligence artificielle n'a pas fini de transformer notre monde, car dès le moment où vous avez besoin d'analyser et/ou interpréter des images digitalisées, personne au monde n'est meilleur, ni plus rapide que ces machines "intelligentes" et virtuelles.

Ainsi, la médecine fera de plus en plus appel à ces techniques et donc demain, des métiers vont changer dramatiquement voir disparaître simplement comme celui des radiologues!

Personne ne va pleurer la fin des radiologues, ni même celle des notaires (qui eux seront anéanti par les blockchains comme nous l'avions montré dans une chronique précédente) ... mais il serait bon tout de même de faire un bilan prévisionnel de ce qui pourrait se passer à terme dans le système médical. En effet, on est peut-être dans ce domaine à l'aube de l'une des plus grandes révolutions humaines ... et c'est primordial de s'y intéresser car celle-ci concerne nos vies.

------------------

Références: NEJM, 29 septembre, 2016, Vol. 375:13, pp. 1,216-1,219

Cet article a paru dans l'AGEFI page 6 du 4 janvier 2017

01/01/2017

LE LUXE EN PANNE !

En 2016 selon Brain & Co, la croissance de l'industrie du luxe n'a été que de 4%.

C'est peu au regard de ces dernières décennies. L'ouverture des pays de l'Est et de la Chine à l'univers du marché libre a fini de produire son effet. On entame une "nouvelle " normalité selon les experts. Cela stagne et en d'autres termes, il va falloir changer la manière du management de l'industrie du luxe selon cette étude. 

Fini la gestion de la croissance à deux chiffres, l'ouverture rapide de boutiques souvent effectuées par vagues incontrôlées (Chine,...)... c'est fini et bien fini....il va falloir serrer les boulons, rationnaliser, augmenter la productivité ou/et diminuer l'appareil de production et faire des économies notamment dans le marketing... tout cela est très nouveau -pour la branche- car depuis deux décennies environ, on vivait une situation quasiment irréelle.

Bref, le luxe (dont les montres suisses ont sous performées l'ensemble selon la même étude en 2016 avec -10% ) va connaître une phase de compétition pour la conservation des parts de marchés et non plus comme auparavant une phase de conquête de nouveaux marchés (Chine, etc.)... ce n'est pas la même chose et ce ne sont certainement pas les mêmes dirigeants qui pourront entreprendre ce travail... place au "killers" et fini les "beaux" parleurs !

De plus, le marché du "off-price" qui représente plus de 38% des ventes dans la montre de luxe devra être repris en main... ce n'est en effet plus possible d'avoir un marché stagnant qui offrirait en même temps un marché parallèle (gris) qui casse les prix jusqu'à plus de 40% de la valeur des montres.

Car ne l'oublions pas le luxe est un univers singulier qui a de tout temps suscité envie et désir chez les consommateurs pourvu que les prix soit contrôlés (et si possible en augmentation d'année en année). Un produit de luxe ne se reconnaît pas seulement à sa sophistication supérieure à ce qu’un usage simple de l’objet ne pourrait normalement exiger, à son prix plus élevé et à la symbolique, la mesure dans laquelle l’acquisition du dit produit de luxe est liée au message qu’il fait passer, mais surtout à l'attention que les compagnies accorderont à la valeur de l'expérience-client.

Ainsi le luxe va explorer demain de nouvelles voies moins matérielles et plus expérimentales comme les voyages, les croisières ou les séjours de luxe ... 

Le luxe semble donc quitter une phase sociétale de l'accumulation des biens pour celle dite "de l'expérience-client" ... sacré challenge pour l'industrie horlogère dont l'expérience-client est évidemment bien limitée....

 

20/12/2016

L'horlogerie suisse a déjà perdu 2 milliards en 2016 !

Mois après mois et depuis prés de deux ans, les exportations horlogères perdent du terrain. Résultats des courses: le chiffre d'affaire du "sell in" a perdu 2 milliards en 2016!

C'est beaucoup car cela représente aussi du travail pour le secteur. On estime à plus de 2'000 les pertes d'emploi.

Maintenant la question est: quand cela va-t-il va s'arrêter?

Sans doute, courant de 2017. Car on va assister à une forme de stabilisation à un niveau certainement plus bas que la folle année 2014... Mais tout de même raisonnable pour cette industrie.

C'est la principale leçon de cette crise: on a atteint une nouveau palier historique d'équilibre autour des 26 millions des montres suisses vendues en "sell in".

Il correspond à un monde économiquement plus stable car il n'y aura plus les fantastiques ouvertures des pays de l'Est et de la Chine à l'économie de marché... qui avaient provoqué une embellie des ventes et porté les marchés du luxe vers des sphères astronomiques.

La fête est finie. La nouvelle normalité, c'est une croissance mondiale plus stable.

Donc il va provisoirement se créer un nouveau palier de stabilité pour les montres suisses jusqu'à ce que les effets des "smartwatches" se fassent sentir.

D'après Martin Frey (CEO de Fossil-Suisse) dans un interview paru lundi 19 décembre dans Le Temps, on va bientôt s'apercevoir de l'importance des "smartwatches" sur les parts de marché de l'horlogerie suisse.

Cela aura aussi des conséquences pour les marques et pour l'emploi en Suisse.

28/11/2016

BIG DATA versus BIG BEN !

Dans dix ans, vingt ans ... l'horlogerie suisse telle qu'on la connait aujourd'hui aura disparue. 

Cette prédiction peut s'appuyer sur plusieurs constats. 

Résumé:

D'abord, l'enjeu économique et social du "temps" s'est déplacé vers les "données". 

Big Data plutôt que Big Ben semble murmurer la société. 

Ensuite, le marqueur sociétal qu'a été la montre suisse ces dernières années comme expression ultime de la société de l'avoir (accumulation de biens matériels), va céder la place à l'expérience client (accumulation de biens immatériels). Il faut bien le reconnaître la montre mécanique n'offre guère d'expérience-client au contraire de la "smartwatch" pleine de données à maîtriser comme celles liées aux activités sportives ou de santé.

Enfin, lorsqu'une industrie se rétrécie en perdant notamment des parts de marché ... elle a tendance à la longue de tranquillement disparaître ... Kodak avec la photo traditionnelle face au digital, Märkling avec ses trains électriques face aux jeux vidéos, Black Berry avec son clavier face au "touch screen" d'Apple, Les "Malls américains de brick and mortar" face aux magasins du e-commerce, etc... Donc, on le sait très bien en économie, lorsque 20 à 25 % d'un marché est pris par un nouveau produit alors les anciens s'éclipsent....

Le destin de l'horlogerie suisse se décide donc aujourd'hui ... soit on assiste à une forte réaction du monde horloger vers les "data" (le temps n'étant au final qu'une catégorie de données structurées) , soit "bye bye la Suisse" ...