26/01/2017

HORLOGERIE SUISSE: DIFFICILE ANNÉE 2016: QUELLES LEÇONS À RETENIR?

Les chiffres sont tombés aujourd'hui pour les exportations horlogères suisses de 2016: moins 9,9 pour l'année en terme de valeur. Mais si on regarde la quantité de montres exportées alors, c'est plus décevant 25,4 millions! Il faut remonter à 2009 (en pleine crise économiques des subprimes) pour trouver moins bien.

Comment interpréter alors l'année 2016?

Trois choses importantes se dégagent des chiffres. Reste à les comprendre

D'abord, les maisons horlogères continuent à privilégier les montres de luxe (au delà de 3'000 CHF). Pour rappel, l'industrie suisse vendait environ 500 millions de montres bracelets dans cette haute catégorie en 2000 pour environ 1'500 millions aujourd'hui. Triplé en 17 ans! C'est donc ce que l'on peut appeler une tendance lourde et avec un glissement prononcé vers la joaillerie, cela devrait encore continuer dans ce sens malgré des annonces intempestives de Jean-Claude Biver (il veut faire descendre en gamme ses montres ou du moins celles de Tag Heuer!). La Suisse se profile de plus en plus, principalement dans la Haute Horlogerie laissant à ses concurrents américains et asiatiques les entrées de gamme. Est-ce dangereux pour l'appareil de production industriel qui sous-tend la fabrication? Seul l'avenir nous le dira. 

Ensuite, à cause des immenses surplus engendrés par le différentiel entre "sell in" et "sell out", les marques ont d'une part rapatrié massivement des montres en Suisse (pour près de 4 milliards) et d'autre part, vendu sur le marché gris d'importants stocks. Résultat: les discounts sur Internet ont explosé. Il n'est plus rare de trouver des montres de grandes marques pour 40%, voir 50% de rabais, parfois même jusqu'à 70% ou plus... Un vrai massacre. Il va être difficile à l'avenir d'imposer une vérité des prix dans ces conditions nouvelles.

Enfin, l'année se finit mieux qu'elle n'a commencé (la baisse se ralentit) ce qui donne de l'espoir pour 2017. On se dirige vers une inversion de la courbe. Mais il ne faut pas trop se réjouir car après deux ans de baisse continue c'est presque normal voir mathématique.

En conclusion ... l'avenir paraît encore très incertain face aux nouveaux défis ... seule la joaillerie sort son épingle du jeu ... alors faisons des montres de joaillerie comme à l'époque de Calvin ....

 

 

20/01/2017

Le Salon International de la Haute Horlogerie: transition ou rupture ?

SIHH, le prestigieux salon genevois de la Haute Horlogerie a ouvert ses portes ce lundi. Bien qu'ouvert pour la première fois ce Vendredi au grand public, c'est tout de même un salon d'abord réservé aux professionnels de la branche. Il est placé cette année sous le signe de la transition. Terme utilisé par Madame Fabienne Lupo, directrice du salon, et que nous reprenons volontiers dans cette chronique tellement il correspond bien à notre époque.

Donc "Transition" mais reste à savoir de quel type de transition: Allons-nous vers un nouveau monde du luxe ou simplement s'agit-il d'un palier avant de nouveau sommet comme l'espère ce vieux renard de Biver, patron du pôle montre chez LVMH, dans un récent article de la NZZ?

Tout indique plutôt que nous allons basculer vers un autre monde. En effet, trois bouleversements sont en train de changer les conditions sous-jacentes du marché du luxe: l'entrée en compétition de nouveaux acteurs provenant principalement de Chine, l'intervention musclée des GAFA et finalement le changement d'attitude de la clientèle. Tout cela aura des conséquences fondamentales pour les grandes marques européennes et notamment pour la haute horlogerie suisse. Faisons ici le point de la situation.

D'abord des marques de pays émergeants, avant tout provenant de Chine, vont venir concurrencer fortement les marques établies en cassant les prix, mais aussi en imposant de nouveaux marqueurs du luxe et en offrant une véritable alternative à l'expérience-client. Songez que des marques comme Ne-TigerShiatzy ChenSCfashionUma Wang, Qiu Hao, Masha Ma, Liu Lu ou Wuyong, May J.Shanghai TangQeelin,Wallace Chan Liuli Gongfang ... font déjà des chiffres d'affaires intéressants et parfois comparables aux marques de luxe européennes ou américaines. Ainsi l'inversion dans l'industrie du Luxe a déjà commencé ... la Chine n'est plus seulement une terre de production pour les marques occidentales mais est devenu aussi un terreau de créativité très productif et qui va bientôt commencer la conquête des marchés globaux.

Ensuite, les géants du Net entament un virage vers le luxe notamment à travers la montre connectée. On parle désormais de "Beauty Tech" pour désigner ce changement. Noël 2016 a vu les ventes de l'Apple Watch décoller comme celles de Samsung, Android, LG ou Tag Heuer. Bref, la montre connectée se présente désormais comme un futur acteur incontournable.

Enfin, la révolution culturelle de la clientèle qui petit à petit, quitte le monde de la consommation pure pour celui du vécu. Les "communicants" parle d'expérience-client pour désigner ce virage. En fait, on passe d'un monde du luxe qui privilégiait l'avoir à une phase qui met en évidence l'être. Les voyages, les aventures, l'inédit culinaire, etc. sont à la mode. Ce qui est le luxe ultime, c'est l'expérience. Une partie de tennis avec Roger Federer, un voyage avec Bertrand Picard, être sur le "floor" avec Stephan Eicher, avoir une discussion privée avec Klaus Schwab ... voilà ce qui compte désormais. C'est-à-dire que l'évolution de la société va vers plus d'expérience-client. Le luxe va devoir s'y mettre aussi et rapidement.

Au final, la transition ressemble plus à une rupture comme celle imposée par Uber ou AirBnB qu'à une lente évolution des coutumes comme le sous entend a priori le mot "transition". Le "Nouveau Marketing" émerge de partout et il ne sera plus axé sur la "valeur produit" mais sur "l'expérience client" et quand vous vendez des montres c'est pas gagné d'avance.

04/01/2017

LES RADIOLOGUES "VIRÉS" PAR LES ALGORITHMES?

Un article scientifique paru dans le prestigieux "New England Journal of Medecine" fait depuis trembler le monde des radiologues. Ecrit par le Docteur Obermeyer de la Harvard Medical School et son collègue Emanuel de l' Université de Pennsylvanie, il décrit comment les nouvelles techniques de l'intelligence artificielle qui s'appuient sur les Big Data et les Machines Learning, vont remplacer très avantageusement à terme les médecins radiologues en fournissant analyses et diagnostics en tant réel et sans frais!

C'est sans doute par là que tout va commencer. La médecine est à la veille d'une révolution sans précédente: celle du numérique (digital health).

La radiologie qui aujourd'hui coûte beaucoup d'argent au système de santé, est une cible privilégiée des innovateurs du "digital health". En effet, lorsque vous voulez pénétrer un métier, celui de la médecine en l'occurrence, autant commencer là où il y a des marges, de grosses marges. Ainsi si vous entrez dans le champ des radiologues et que vous pouvez offrir un meilleur service tout en cassant les coûts, alors vous êtes sûrs d'obtenir un large soutien ... notamment de la population et des politiques par conséquence.

C'est certainement ainsi que cela va se passer.

L'analyse des images est le champ d'activité de prédilection pour les algorithmes auto-apprenantes car ces dernières sont excellentes dans la reconnaissance de formes. Le suisse Reto Wyss de la start-up Vidi à Fribourg, en est d'ailleurs l'un des représentants les plus talentueux. Mondialement connu, il fait lire et interpréter à ses algorithmes auto-apprenantes un peu près n'importe quelle vidéo. Chercher une pièce défectueuse à la sortie d'une chaîne de production ou une globule blanche anormale au milieu de milliers d'autres, fait partie de ses prouesses. Alors imaginez-vous analyser une radio ... un jeu d'enfant!

Ces algorithmes ne sont pas de type systèmes experts comme jusqu'alors, car elles ne fonctionnent pas sur une expertise préétablie et normalisée dans des Data Bases. Non, elles ne cessent d'apprendre et de se perfectionner avec le flux constant de Big Data provenant de milliers d'expériences car plus vous les alimenter en données provenant de cas concrets, plus elles s'améliorent. Elles finissent par fonctionner parfaitement. Ce sera fatal à l'être humain qui atteint finalement toujours assez vite ses limites au contraire de ce type de "machine".

Le "Machine Learning", nom donné à cette discipline de l'intelligence artificielle n'a pas fini de transformer notre monde, car dès le moment où vous avez besoin d'analyser et/ou interpréter des images digitalisées, personne au monde n'est meilleur, ni plus rapide que ces machines "intelligentes" et virtuelles.

Ainsi, la médecine fera de plus en plus appel à ces techniques et donc demain, des métiers vont changer dramatiquement voir disparaître simplement comme celui des radiologues!

Personne ne va pleurer la fin des radiologues, ni même celle des notaires (qui eux seront anéanti par les blockchains comme nous l'avions montré dans une chronique précédente) ... mais il serait bon tout de même de faire un bilan prévisionnel de ce qui pourrait se passer à terme dans le système médical. En effet, on est peut-être dans ce domaine à l'aube de l'une des plus grandes révolutions humaines ... et c'est primordial de s'y intéresser car celle-ci concerne nos vies.

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Références: NEJM, 29 septembre, 2016, Vol. 375:13, pp. 1,216-1,219

Cet article a paru dans l'AGEFI page 6 du 4 janvier 2017

01/01/2017

LE LUXE EN PANNE !

En 2016 selon Brain & Co, la croissance de l'industrie du luxe n'a été que de 4%.

C'est peu au regard de ces dernières décennies. L'ouverture des pays de l'Est et de la Chine à l'univers du marché libre a fini de produire son effet. On entame une "nouvelle " normalité selon les experts. Cela stagne et en d'autres termes, il va falloir changer la manière du management de l'industrie du luxe selon cette étude. 

Fini la gestion de la croissance à deux chiffres, l'ouverture rapide de boutiques souvent effectuées par vagues incontrôlées (Chine,...)... c'est fini et bien fini....il va falloir serrer les boulons, rationnaliser, augmenter la productivité ou/et diminuer l'appareil de production et faire des économies notamment dans le marketing... tout cela est très nouveau -pour la branche- car depuis deux décennies environ, on vivait une situation quasiment irréelle.

Bref, le luxe (dont les montres suisses ont sous performées l'ensemble selon la même étude en 2016 avec -10% ) va connaître une phase de compétition pour la conservation des parts de marchés et non plus comme auparavant une phase de conquête de nouveaux marchés (Chine, etc.)... ce n'est pas la même chose et ce ne sont certainement pas les mêmes dirigeants qui pourront entreprendre ce travail... place au "killers" et fini les "beaux" parleurs !

De plus, le marché du "off-price" qui représente plus de 38% des ventes dans la montre de luxe devra être repris en main... ce n'est en effet plus possible d'avoir un marché stagnant qui offrirait en même temps un marché parallèle (gris) qui casse les prix jusqu'à plus de 40% de la valeur des montres.

Car ne l'oublions pas le luxe est un univers singulier qui a de tout temps suscité envie et désir chez les consommateurs pourvu que les prix soit contrôlés (et si possible en augmentation d'année en année). Un produit de luxe ne se reconnaît pas seulement à sa sophistication supérieure à ce qu’un usage simple de l’objet ne pourrait normalement exiger, à son prix plus élevé et à la symbolique, la mesure dans laquelle l’acquisition du dit produit de luxe est liée au message qu’il fait passer, mais surtout à l'attention que les compagnies accorderont à la valeur de l'expérience-client.

Ainsi le luxe va explorer demain de nouvelles voies moins matérielles et plus expérimentales comme les voyages, les croisières ou les séjours de luxe ... 

Le luxe semble donc quitter une phase sociétale de l'accumulation des biens pour celle dite "de l'expérience-client" ... sacré challenge pour l'industrie horlogère dont l'expérience-client est évidemment bien limitée....