25/10/2014

De la Carte ou du Territoire: qui est le Réel? (XXI)

La carte n'est pas le territoire, disait hier le mouvement situationnisme. Pas si sûr lorsque l'on observe les américains déambuler avec leurs smartphones dans les villes américaines. Leur trajet est dicté par la machine, la carte électronique...

On pourrait aujourd'hui tout à fait argumenter que la représentation a pris le dessus sur le réel.

Ainsi d'un coté Google Map et Street View donnent ensemble de nouvelles représentations interactives aux territoires et de l'autre, le GPS donne des contours réels aux parcours en indiquant les itinéraires à suivre. Qui dit quoi? Qu'est-ce qui est  réel?

Ainsi la digitalisation de la cité crée des nouveaux parcours (notamment pour les touristes qui découvrent a priori de nouveaux espaces). La carte digitale est devenue la ville qui à son tour, devient largement digitalisée. Si ce phénomène est en cours, on assiste réellement d’une appropriation de la carte par un plus large public -muni de smartphones- et donc d’une capacité à investir différemment le territoire, une autre évolution fondamentale se dessine à cet endroit.

Rappelons que l’invention de la carte a pour première fonction de séparer le sacré du concret (la propriété du bien commun) et donc de partager les rôles (privé-public) en inventant le politique.

Depuis, nos schémas de représentation fonctionnent dans une logique galiléenne où la carte est un espace géométrique constitué d’un ensemble de points indéterminés. Si elle permet de s’orienter, elle indifférencie les territoires, est incapable de représenter leur singularité et ce qui s’y vit. Elle génère une véritable « aliénation de l’analogie ». Une autre culture cartographique aujourd’hui se dessine, une culture qui très clairement rend compte du passage d’une logique représentative à une logique participative.

Ce qui compte dans ces nouvelles formes de cartographie, c'est de représenter le temps de parcours, le trafic, les lieux de consommation ou d'activités culturelles ou économiques. En quelque sorte, les lieux de vie et d'échange.

C’est moins un ensemble de points géographiques qu’il s’agit de représenter précisément qu’un ensemble de relations entre individus, activités qu’il s’agit de mettre en œuvre.

De véritables cartes émotionnelles se dessinent aujourd’hui, à partir des informations transmises par les téléphones mobiles comme par exemple les bouchons autoroutiers. Chacune de ces nouvelles interventions technologiques parle plus efficacement du territoire et de sa complexité.

Au-delà, l’émergence de nouveaux jeux vidéo géolocalisés va permettre de créer des cartes qui cette fois ne dépendent plus du territoire mais des rêves de chacun.

La carte représentera un peu moins les distances mais davantage à des parcours et des envies.

Chacune de ces cartes sera interchangeable entre usagers d’une même communauté qu’ils habitent Pékin, Toulouse ou Enghien les Bains.

Ce mouvement marque une évolution fondamentale des territoire et de leurs représentations:

         le passage du "représentatif" au "participatif".

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