13/10/2013

HEC Genève: en pleine déconfiture?

Le diplôme de HEC Genève sanctionne-t-il encore une formation reconnue internationalement ou ses diplômes sont-ils devenus des papiers de seconde zone? Genève a-t-elle besoin d’une HEC de niveau mondial? Avons-nous besoin de séparer HEC de la Faculté des SES? Ou, de manière plus générale, les diplômes ont tellement perdu d’importance face aux compétences acquises professionnellement que cela n’a plus du tout d’importance?

 



hec_geneve_400Sa faculté de sciences économiques et sociales (SES), qui date de 1915, a eu des débuts prometteurs mais a souffert avec le temps de l’existence de disciplines aussi diverses que la sociologie, les sciences politiques et l’économie. Plus récemment, la présence de la HEG à l’intérieur de HES-SO à Genève a encore compliqué l’offre de formation locale. En effet, non seulement HEC Genève manque de moyens, mais dès la création dans les années 90 des HES (Hautes Ecoles Spécialisées), une sorte d’université pour les domaines plus appliqués, l’Université a été incapable de réorganiser sa propre HEC. Son offre est devenue pléthorique et la qualité s’en est immédiatement ressentie car en principe, il faut garder de la rareté si l’on veut monter en valeur!

Aujourd’hui, la situation est telle que l’on est à deux doigts de la catastrophe. Genève n’a pas de HEC digne de sa place économique et de sa position dans le monde. Personne ne s’en préoccupe et ce n’est pas acceptable. Une ville de cette importance avec un statut international devrait avoir une HEC qui rivalise avec les meilleures écoles du monde.

Le point central est qu’une HEC va non seulement former des jeunes à la vie professionnelle, mais va être aussi eu quelque sorte une fontaine de jouvence pour la création d’entreprises (l’esprit start-up), le rayonnement international du commerce, etc. Il faut regarder l’ensemble du microsystème que cela engendre.

Prenons l’exemple de St-Gall si vous êtes encore sceptiques envers cette démonstration. Dans le monde germanique, la ville et son université rayonnent et ses jeunes gens la font vivre chaque année avec le «symposium international» dans la presse internationale. St-Gall vient de remporter pour la deuxième fois le classement des 70 masters en management du monde et les salaires touchés par ses anciens étudiants figurent parmi les plus élevés. Seul le résultat compte et cela reste un but et une ambition. Genève devrait s’en inspirer!

Il reste un avant-dernier point à discuter. Est-ce que seule la compétence professionnelle va compter à l’avenir? Pas particulièrement dans la mesure où de tout temps la compétence professionnelle est in fine ce qui compte et a compté. Mais le problème de la formation universitaire est davantage de pouvoir offrir à de très jeunes gens une ouverture d’esprit, une capacité de travail individuelle et collective, un goût de l’aventure entrepreneuriale que l’on ne peut pas acquérir par soi-même. C’est cet écosystème auquel il faut songer pour Genève. Deux directions s’imposent: l’international avec les organisations onusiennes et bien sûr l’innovation, fer de lance de la métropole lémanique. Dans ces deux orientations, il y a une sorte d’exclusivité à exploiter. Personne au monde ne possède des organisations internationales aussi importantes et aussi prestigieuses que Genève. Songeons ici à ISO, à l’OMC, à l’UIT ou encore à des ONG comme Internet Society. En ce qui concerne l’innovation, la Suisse et sa Métropole Lémanique sont considérées comme le numéro un au monde. On devrait pouvoir faire quelque chose avec de tels atouts.

Et pour finir, il y a la question débattue actuellement dans l’Université, à savoir: allons-nous avoir deux facultés? Et bien, oui. Si HEC ne prend pas sa liberté, et bien, tout restera comme avant et le bateau continuera à couler. Ce n’est pas la petite ville de Genève qui va dicter sa loi au développement académique international. Messieurs les Professeurs, ressaisissez-vous, ce n’est pas votre «ego», ni vos envies qui sont en jeu mais Genève. Et dans la dure loi de la formation tertiaire, c’est l’excellence qui compte et il faut donc se comparer. Si vous ne pouvez pas vous mesurer aux autres alors vous allez disparaître. C’est exactement ce qui est en train de se produire. Il n’est pas tolérable pour notre avenir collectif d’avoir une institution aussi importante qu’une HEC en pleine déconfiture!

Pour nous tous, souvent plus que le diplôme, ce sont ces «années unis» qui ont compté, donc si l’on réfléchit en termes de processus d’acquisition de connaissances, de réseautage et de socialisation à un haut niveau, alors elles deviennent très importantes et c’est en ce sens, qu’il faut revenir dans un contexte de recherche de l’excellence: la meilleure possible, il va sans dire.

(article récemment paru dans la revue l'extension)
 
 

Commentaires

HEC Genève n’a jamais eu la destinée exceptionnelle et toujours actuelle de sa consœur de Lausanne, où ont officié des Léon Walras, Vilfredo Pareto, fondateur et continuateur-héritier de l’École de Lausanne, Firmin Oulès etc. (je ne citerai expressément pas l’inénarrable professeur aux Universités de Berne et Lausanne François Schaller de Porrentruy !) tant en science de l’économie politique que dans les branches de base d’une Haute école de Commerce, émanation de la faculté de droit de l’Académie lausannoise.
Il faut admettre que la vue obscurcie par les feux, exagérés, des pseudo-organisations internationales (gangrenant Genève à tout le moins !) empêche tout homme conscient de ses limites d’admettre que l’histoire ne repasse jamais les plats et que HEC Genève ne correspond à plus aucun besoin, tant les sociologues et autres affidés socialisants et peu instruits des « novétudes » HEI, SES et j’en passe, ont réussi à tirer le niveau intellectuel de cette part de l’Alma Mater au plus profond niveau d’incompétences.
« Vae victis » avait un sujet important des recherches de Vilfredo Pareto ; on peut reprendre cette expression militaire romaine pour ce qui restera de HEC Genève.

« Toute élite qui n’est pas prête à livrer bataille, pour défendre ses positions, est en pleine décadence, il ne lui reste plus qu’à laisser sa place à une autre élite ayant les qualités viriles qui lui manquent. C’est pure rêverie, si elle s’imagine que les principes humanitaires qu’elle a proclamés lui seront appliqués : les vainqueurs feront résonner à ses oreilles l’implacable Vae Victis » d’après Vilfredo Pareto.

Écrit par : simonius | 13/10/2013

Monsieur,
Il est malheureusement trop tard. HEC Geneve est mort. En guise d'autonomie pour une vraie business school, c'est au final une faculté d'economie qui va se creer et la gestion y sera toleree comme un mal necessaire et une forme de culture generale. Les rats quittent le navire. Encore un auto goal pour Geneve.
Exigez des details, ils sont edifiants!

Écrit par : Paul | 14/10/2013

"On devrait pouvoir faire quelque chose avec de tels atouts."...
Oui.. mais cela ne se fera pas sans des "porte-voix" qui permettront de coordonner ou tout du moins orienter les efforts de chaque organisation, institution, entreprise, individu... Dans la cacophonie actuelle je vois peu de candidats qui pourraient stimuler ou faire fructifier les avantages liés à l'accès international et à l'innovation. Alors de là à combiner ces avantages avec un réveil de nos amis économistes et marketeurs.. Nous risquons de devoir attendre...

Écrit par : olivier | 15/10/2013

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