07/01/2011

SimCity

 

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De retour de Madrid, je mesure à quel point notre région diverge du modèle classique du développement urbain contemporain. Et c’est tant mieux. Attention cependant à ne pas se tromper de vision d’avenir…

En effet, les métropoles globales sont en général issues de grandes villes : New York, Paris, Tokyo, Madrid regroupant rapidement leurs banlieues avoisinantes pour former des métropoles en étoile exprimant une convergence vers un centre à la « sim city ». La concentration fixe en quelque sorte l’économie d’échelle. Les transports, les habitations, les infrastructures, le commerce et l’industrie organisant par le flux des travailleurs, des marchandises et des consommateurs.

Rien de semblable avec la métropole lémanique. Genève et Lausanne jouent un rôle déterminant dans le développement régional, mais elles ne sont pas de véritables centres métropolitains concentriques. Une multitude de petites villes – Nyon, Vevey, Montreux, Divonne, Evian, Yverdon, Neuchâtel, Martigny, Fribourg ou encore Annecy – ont une importance non négligeable dans la croissance régionale. Plus déterminantes que des villes-dortoirs, elles ne sont toutefois pas totalement autonomes. Elles participent au rayonnement et vibrent par et avec la région. Culturellement, économiquement, socialement, elles apportent de la diversité et de la complémentarité.

L’ensemble métropolitain lémanique (1) ne se mesure donc pas par les « pendulaires », comme souvent interprété, mais bien par la « résonnance » que chacune des parties offre au tout. Définir ainsi la région revient alors à trouver une nouvelle norme, un nouveau repère. Le polycentrisme devrait être notre critère.

Cette nouvelle perspective d’envisager les métropoles nous permet de mesurer celles-ci selon différents points de vue, la taille n’étant pas toujours le critère de classification le plus important. Ainsi, La Fondation pour Genève avec l’aide de l’EPFL a mis en place un site Internet (www.cityrank.ch) pour en découvrir les contours. La qualité de vie, l’image de marque, l’importance économique et financière, scientifique et culturelle positionnent la métropole lémanique dans le haut des classements, à quelque distance des cinq villes globales que sont New York, Londres, Paris, Tokyo et Shanghai.

Le caractère polycentrique de la métropole lémanique nous distingue très nettement de ces dernières. Il faut comprendre cette différence comme une opportunité et une chance à saisir. En effet, à condition de contenir l’étalement urbain, risque de voir le développement prendre une direction d’étalement à la « Los Angeles », nous pouvons construire une région de qualité dont l’une des caractéristiques serait de garder la nature en son centre. Situation exceptionnelle qui pourrait faire de la région l’une des plus florissantes et des mieux conservées. Nous devons donc densifier les centres et construire les villes en ville !

 

 

(1) http://www.fondationpourgeneve.ch/fr/observatoirelemanique/

 

Commentaires

Bon, je l'avoue je n'ai pas eu le courage de me coltiner les cahiers de la Fondation pour Genève avant d'y aller de mon couplet sur votre blog. Je ferai mes devoirs, promis.
J'ai un peu de peine à vous suivre. Vous semblez prôner le développement de la région Franco-Valdo-Genevoise, en valorisant les différents centres en opposition au modèle "Los Angeles". Vous suggérez donc de densifier l'espace urbain plutôt que l'étalement.
Je relève que :
- Ce qui fait l'attrait de Genève, c'est sa taille, sa convivialité, sa sécurité (en déclin), sa propreté et, espérons-le pour bientôt, un système de transports performant.
- Les citadins ont de plus en plus tendance à émigrer en campagne pour retrouver un peu de calme et de nature. Le prix à payer c'est les déplacements, avec souvent un seul passager (conducteur) dans une voiture.
- Paradoxalement, la société virutelle et les moyens de communication ne semblent pas diminuer le besoin de se déplacer. Les compagnies aériennes se développent, le réseau routier ne suit pas, les transports publics sont déficitaires et réduisent l'offre locale.
- Bientôt, comme dans les métropoles, les citoyens préféreront passer des heures dans les bouchons bien tranquilles dans leur petit habitacle plutôt que de supporter l'entassement et son lot de nuisances dans les transports publics.
- Votre vision, car c'est bien de cela qu'il s'agit, est une projection bien éloignée de la réalité contemporaine. Les autorités vaudoises et genevoises ont raté leurs projets de fusion dans plusieurs domaines, Paris, qui décide pour les départements français s'oppose à la participation prévue pour le CEVA et Annemasse construit son hôpital alors que tous les hôpitaux régionaux sont en surcapacité. Rien qu'au niveau local, pour ne prendre qu'un exemple, la traversée de la rade est au programme depuis 60 ans.
- Les organes de promotion économique sont débordés par leur succès. Les plus grands installent leur centre européen chez nous faisant gicler les prix de l'immobilier à des niveaux surréalistes.
- Les réseaux de la soft gouvernance que vous évoquez doivent vraisemblablement s'arracher les cheveux et rivaliser d'ingéniosité pour contourner les lois toujours plus nombreuses et forcément inapplicables par manque de ressources.

Vous anticipez les contours de nos sociétés de demain, c'est intéressant. En attendant, comme semble l'avoir compris M. Rosselat, je suggère de lever le pied, calmer le jeu du développement à tout prix afin que nous puissions continuer à vivre dans une des villes les plus agréables au monde.
Si le terme de décroissance sonne une peu malheureux, il suggère pourtant que nous touchons aux limites du système capitaliste qui demande à se réinventer. J'espère trouver quelques pistes dans vos cahiers de soft gouverance, mais quelque chose me dit que je serai déçu, car le défi est trop grand, la remise en question presque surhumaine. Alors en attendant que ça pète, parce que les visionnaires de votre envergure n'auront pas eu les couilles de s'attaquer aux fondements de nos sociétés occidentales, vous continuerez à nous abreuver de considérations utopistes décalées et sans conséquences puisqu'elles n'impliquent rien de concret et ne touchent pas à l'essentiel.

Plutôt que densifier, nous devrions faire venir la campagne en ville, végétaliser les toits, augmenter les zones piétonnes, réduire les nuisances sonores et olfactives. Rendre le centre attractif pour toutes les activités humaines et freiner l'exode verte avec son lot de nuisances occasionnées par les pendulaires. Convaincre, plutôt que contraindre par toutes sortes de brimades que nous pouvons vivre sans bagnoles (ou beaucoup moins dans un premier temps) en optimisant justement l'usage des outils virtuels et en conservant des centres urbains de taille humaine. Small is beautifull !

Écrit par : Pierre JENNI | 07/01/2011

Personne ne peut contrôler le jeu du développement. Dans certains pays, on compte 20% de chômeurs, peu d'investissements, des charges sociales trop lourdes et pas de création d'emploi et donc de richesse.Ici dans la région lémanique, c'est le contraire, on excelle, on crée des postes à haute valeur ajoutée, nos universités et hautes écoles sont prises d'assaut (cela pose quelques problèmes d'ailleurs), le plein emploi est tel que nous devons faire appel à des forces extérieures. Bref, c'est presque une situation de rêve sauf que les infrastructures ne suivent plus depuis longtemps, le logement est cher et rare, la sécurité défaillante, le politique en panne. Mais comme région métropolitaine, nous devons dépasser mentalement notre frontière cantonale comme agir politiquement à différents niveaux et changer d'échelle, approcher chaque problème à géométrie variable (intercantonale, transfrontalière, fédérale, UE...).Ce que les gens veulent ce n'est pas forcément vivre à la campagne mais conserver un bon cadre de
vie(transport,sécurité,services, logements) et avoir une bonne qualité de vie (offres culturelles diversifiées,ouverture d'esprit, tolérance et bien sûr tous les avantages de la ville,...), tous ces conditions
qui se dégradent aujourd'hui et qui ont longtemps peu intéressé les anciens acteurs politiques et chacun peut constater que ceux du pouvoir en place agissent dans l'urgence et parfois sont complètement dans le brouillard.Pas de réalisations d'envergure, porteuses, fédératrices sur le longtemps terme avec des décisions politiques rapides, concertées et définitives qui pourraient désenclaver la région comme la traversée de la Rade, une autoroute sur le côté du la pour rejoindre le Valais, des trams transfrontaliers et non pas s'arrêtant à la frontière.

Écrit par : Demain | 07/01/2011

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