22/12/2010

De la gouvernance des territoires à la gouvernance fonctionnelle (4)

 

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Le « Tsunami Digital », c'est-à-dire l'informatisation rapide des procédures dans la société, décompose et recompose les territoires. Ainsi le temps réel a créé des teritoires à géométrie variable. C’est ce que l’on entend quand on évoque le passage de la gouvernance territoriale à celle dite fonctionnelle. Pour être plus précis, on devrait dire que l’on passe de la gouvernance « territoriale/fonctionnelle » à la « gouvernance fonctionnelle des territoires à géométrie variable ». Cette inversion des termes - du territoire au fonctionnel - est en quelque sorte un raccourci, ce qui l’est beaucoup moins, ce sont les conséquences. Songeons ici à Wikipédia, à Napster, à YouTube, à Wikileaks et bien sûr à nous, les blogueurs….qui ont engendré une nouvelle approche de l'encyclopédie et de l'information et à vrai dire de la a connaissance.

La recomposition de la société par le digital passe donc par celle de l’espace et du temps (la 4D). C’est de cette représentation dont il s’agit mais appliquée à la question de la gouvernance.

Il est évident que l’aspect politique de la « Digitalisation Sociétale» est souvent ignoré car la plupart des « Politiques » en charge de la gouvernance. Souvent leurs références dates du temps -pré-digital-. Comment dès lors penser que ces derniers puissent saisir complètement l’ampleur de la problématique puisque leur principal schéma représentatif est alimenté par le mode électoral lié aux anciens territoires.

Le point de bascule est donc bien la digitalisation des signes, des procédures, des fonctions qui en quelque sorte « libère » le politique de l’espace et donc du territoire. Ainsi, il y a une ré-interprétation de la gouvernance fonctionnelle, « multistakeholders »(1) et « soft » qui dépasse celle purement territoriale, représentative et « hard ». On oppose ici les « soft laws » aux « hard laws » par l’existence de contraintes, d’obligations et de punitions liées aux lois votées (hard) par les Parlements s’adressant à des territoires bien délimités à celles qui sont volontaires, non contraignantes et non punissables dite « soft » pour des espaces variables.

Cela paraît compliqué mais en faite c'est très simple. Prenons deux exemples: la liste "grise" de L'OCDE de 2009 qui avait mise la Suisse sous pression des pays pratiquant le secret bancaire était une "soft laws", c'est-à-dire votée par aucun parlement, n'empêche quelle a obligé la Suisse à agir rapidement et plus surement qu'aucune loi internationale n'aurait pu le faire. De même l'évocation médiatique de la troisième lignes de chemin de fer entre Lausanne et Genève couplée au soutien populaire a obligé les cantons de Vaud et de Genève d'agir de concert.

Que l'on considère la problématique de la gouvernance de manière territoriale ou fonctionnelle on s'aperçois bien que de nos jours seul la fonctionnelle semble être efficace.

Aujourd’hui, il est cependant clair que ces deux formes continuent de cohabiter mais ce qui l’est un peu moins, c’est leur mode de coexistence.

L’invention d’un modèle de gouvernance fiable et démocratique reste largement à être découvert. Le traitement politique de Wikileaks en est l’expression négative …

(à suivre)

 

 

(1) http://www.fondationpourgeneve.ch/fr/publications/observa...

 

 

Commentaires

Le temps digitalisé a disparu dans la virtualité transtechnologique. Les territoires, pulvérisés en métaterritoires à la fois contigus, superposés, et recomposés quittent les limites de la bidimensionalité frontiérisée. La gouvernance multiorientée se transforme progressivement en post-politique omnifacette. Le dépassement de la temporalité unilinéaire dans la panchronie universelle nous rappelle que le demain global est déjà présent dans l'aujourd'hui transtemporel comme l'éternité est présente dans les potentialités de l'espace éclaté des modes de la communication immédiate.

Écrit par : carlos | 22/12/2010

Avec cette destructuration, chevauchement et remodelage des territoires et leur complexification que deviennent les identités ? Est-ce que l'on va vers la fin de la carte d'identité personnelle donnée par l'Etat-nation sur un territoire imposé pour glisser vers une identité sentie, à la carte, selon le genre, l'ethnicité, la religion...sur des territoires superposés ? En un mot, est-ce que le territoire stato-national perçu comme une donnée naturelle, avec un pouvoir politique pouvant contrôler la population, lui imposer l'autorité, l'influencer et même changer son comportement ne va-t-il s'effacer pour un autre communauté politiquement plus pertinente, plus naturelle avec une projection géographique et des principes ce territorialité inédits ?

Écrit par : Demain | 22/12/2010

Ok ok je vois le concept. Bon alors permettez-moi d'émettre quelques objections. Tout d'abord ce n'est pas le temps réel qui a crée quoi que ce soit. Ni mêeme d'ailleurs le "tsunami digital". On peut tout à fait vivre de manière efficace dans cette accélération des processus et de l'information avec des politiques territorialisées. Ce ne sont là que des volontés émises par certains individus. Ni plus ni moins. L'imprimerie avait, de son temps, jouer un rôle à peu près similaire à celui que vous évoquez. Certes à l'état embryonnaire mais rien de bien nouveau sous le soleil.
Je vous ferai également remarquer que pour l'immense majorité des populations, la vie de tous les jours, et donc le moyen d'assurer la subsistance, ne se situe pas dans votre société digitale. Par conséquent, leurs inquiétudes, leurs questionnements politiques continueront à porter au niveau du territoire physique qu'ils habitent. Et par conséquent, les préoccupations des politiciens (pour autant bien sûr qu'ils en aient encore quelque chose à faire de leur rôle originel, à savoir la recherche du bien commun) continueront à être beaucoup plus terre à terre que vous ne le pensez. Ce n'est pas une question de références pré-digitales mais simplement de réalisme.
Je saisis bien votre concept de soft law. Néanmoins, une nouvelle fois je vais vous remettre les pieds sur terre. Appelons un chat un chat: ce qu'a fait l'OCDE est ce que l'on appelle du chantage déguisé. Ce qui nous ramène simplement à des rapports comnflictuels de type "réalistes" au sein des institutions internationales. Rien d'autre. Ceci dit, je me permets d'interroger dans un autre sens cette problématique: que se serait-il passé si nous avions un gouvernement qui ne se met pas à genoux devant toute revendication émanant de l'étranger?
Ceci dit, ca n'a pas grand chose à voir avec la troisième ligne de chemin de fer. Et encore moins avec une quelconque digitalisation sociétale.
D'ailleurs, en parlant de la troisième ligne, il me semble qu'on est là typiquement dans une collaboration intercantonale ce qui n'est pas vraiment non plus une grande nouveauté. Et aucune deterritorialisation là dedans. Simplement un esprit de coopération. Un peu comme pour le pacte fondateur de la confédération par exemple...
Je vois une analogie certaine entre vos hard/soft laws et le hard/soft power. Ce qui me permet de vous dire, en passant, que vous me semblez là en retard d'une dizaine d'année dans votre raisonnement puisqu'on parle maintenant de l'avènement du smart power avec l'avènement de l'autre artiste de l'autre coté de l'Atlantique.
Enfin, vous avancez une certitude sans aucun argument pour la soutenir lorsque vous dites que seule la gouvernance de type fonctionnelle semble être efficace. Je peux aussi dire que un et un font dix huit mais ca ne fera pas beaucoup avancer le schmilblick...
Je me permets encore de poser une petite question: qu'en est-il de la sécurisation de votre société digitale? Réalisez-vous que si vos lubbies se réalisent, les moyens à disposition pour les criminels digitaux seront démultipliés par rapport à ceux de la vie courante? (Allez, une dernière petite: connaissez-vous l'histoire de la tour de Babel??? Ca ne vous inspire pas???)

Écrit par : Cain_Marchenoir | 24/12/2010

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