17/12/2010

De la gouvernance des territoires à la gouvernance fonctionnelle (1)

 

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Si la politique « politicienne » perd de son attrait auprès du grand public, c’est que ce dernier se rend bien compte que les enjeux politiques se sont déplacés vers une gouvernance fonctionnelle et non plus limités au seul territoire souverain.

 

· Le logement à Genève est davantage l’affaire de la France voisine que du Canton

· La circulation (les 3ème voies ferroviaires et autoroutières), celle du concordat Genève-Vaud.

· L’école dépend plus de Harmos que de son Conseiller d’Etat Charles Beer.

· L’évolution des Universités résultent plus du Processus de Bologne que des Rectorats.

· La place financière change plus en fonction des accords de Bâle III que la politique des banques elles-mêmes.

· La promotion économique dépend plus du GGBa (Greater Geneva Berne aera) que de celle du Canton.

· L’aéroport dépend plus de l’économie de l’arc lémanique que de ses responsables.

· Le tourisme plus du Mont-Blanc, du Lac et des organisations internationales que des Fêtes de Genève.

· La police cantonale doit opèrer avec la gendarmerie française pour (essayer) d’attraper les voleurs.

· Les prisons comptent sur la disponibilité des autres cantons.

· Et ainsi de suite sans parler des lois européennes et des « soft laws » mondiales (1) qui nous régulent aujourd’hui plus surement qu’aucun parlement cantonal ou fédéral.

En un mot, les territoires, anciennement délimités par des frontières, des lois, des impôts et des citoyens captifs ont cédé la place à une géométrie variable de ceux-ci géré de manière fonctionnelle. Ainsi, ce déplacement de la gestion du pouvoir (souvent discrète et peu médiatisée) vers le fonctionnel, sorte de nouvelle gouvernance qui aurait pris le pas sur la démocratie représentative.

Les élus continueront à faire semblant d’être aux affaires mais ils semblent être les seuls encore à le penser.

(à suivre)

 

(1) voir http://www.fondationpourgeneve.ch/fr/publications/observa...


 

Commentaires

J'adhère à votre constat. En somme, des gestionnaires rigoureux avec une bonne dose de vision remplaceraient avantageusement certains élu-e-s qui s'agittent beaucoup, avant tout pour plaire à leur électorat. Simultanément, le courant des isolationnistes / illusionnistes prend de l'ampleur. Comme toutes les grandes institutions, la démocratie évolue véritablement seulement sous la pression d'événements extérieurs. Condamnée à s'adapter. On peut le regretter.

Écrit par : Paul Marbach | 17/12/2010

Et dire que certains s'obstinent à la Constituante pour préserver l'existence de petites communes de quelques centaines d'habitants ! C'est à croire que les enjeux présents et à venir ne font pas partie de leurs premières préoccupations !

Écrit par : Jean-Bernard Busset | 17/12/2010

Fusion du Canton et de la ville de Genève dans unpremier temps. Une seule entité efficace, qui anticipe les problèmes, trouve des solutions adaptées pour chacun, bref une vraie force de gouvernance pour voir la "big picture" + une seule administration en ligne avec un contact direct et un suivi des dossiers personnalisés avec les fonctionnaires, une seule police, un seul parlement...puis regroupement des communes par exemple : rive gauche, rive droite et campagne.

Écrit par : Demain | 17/12/2010

"Vers une métropole lémanique" ... avec ou sans braquages ? ? ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/12/2010

Le monde se rétrécit de par la vitesse des communications et la mobilité des personnes. L'économie est déjà mondialisée, pour exemple toutes les capitales du monde offrent les mêmes enseignes, les mêmes hamburgers, café à la mode, etc. En Europe on constate que beaucoup d'hommes politiques crédibles, je veux dire un peu honnêtes, sont passés au niveau du parlement européen. Il est évident que les problèmes se régleront au niveau continental et que les gesticulations des dirigeants nationaux ou locaux cachent, dans le meilleur des cas, des motivations électorales et dans le pire, des collusions mafieuses comme en Italie ou Russie. Dans ce contexte vouloir traiter Genève comme une entité propre n'a aucun sens dans le long terme. Cela fait tout de même la fortune des amis de Mark Muller, notre Berlusconi local.

Écrit par : Vadom | 17/12/2010

Les fait sque vous énoncez sont parfaitement exacts (pour ceux que je connais...) par contre votre explication du phénomène (au travers du titre notamment) est simpliste et fausse.
Tout d'abord on ne sort pas d'une "gouvernance" territoriale mais d'un "gouvernement" territorial. La nuance est de taille: prendre des décisions ce n'est pas la même chose que de gérer ce qui est imposé d'en haut.
Ensuite on ne passe pas du territorial au fonctionnel mais du territorial-fonctionnel à l'apatride-fonctionnel. Il me semble que si des Rectorats par exemple ont été mis en place c'est bien pour des raisons fonctionnelles.
Ce qui me fait sourire c'est qu'Avenir Suisse, dont vous êtes si je ne me trompe le directeur romand, soutient systématiquement ces territorialisations. Pourtant une véritable vision libérale se veut décentralisée. Or, le passage à HarmoS (ou autre accord de Bologne) est une forme de centralisation pure et dure. Du soviétisme bon cru.
N'oubliez jamais que plus le centre de décision est proche du terrain, plus il est pertinent. Plus il est loin, plus il est le fait de bureaucrates ayant perdu toute connection avec la réalité. On fait exactement l'inverse.
De plus, centraliser à un échelon plus haut ne fait qu'ajouter une couche de paperasse bureaucratique en plus. Y a pas à dire, c'est vraiment très libéral dans l'âme tout ça...

Écrit par : Cain_Marchenoir | 21/12/2010

Concernant le commentaire de Cain_Marchenoir...il est bien clair que nous passons d'une "gouvernance territoire-fonctionnelle" à une "gouvernance fonctionnelle-territoire à géométrie variable" si l'on veut être parfaitement précis. Ma formule est comme toute formulation une simplification pratique. Par ailleurs, je crois que le terme de "gouvernance" est nettement plus approprié que "gouvernement" car le terme que j'emploie suppose un partage avec les stakeholder du pouvoir, ce qui est largement le cas de nos jours. Enfin, je suis convaincu que la petitesse ou la proximité des territoires ne donnent pas plus de liberté aux gens, songé à la vie il y a seulement 150 ans ou tout était sous le contrôle de quelques patriarches...bonjour la liberté...et sur la question de la paperasse et de la centralisation...ici encore ce n'est pas du tout ce que je dis ...à lire pour vous convaincre mon livre sur les "soft institutions" par exemple...

Écrit par : xcomtesse | 22/12/2010

Merci des ces éclaircissements. Ceci dit, pour le débat gouvernance-gouvernement, j'avais plus une vision qui s'insère dans l'histoire et non dans le présent uniquement.
Maintenant je me permet juste de contester votre affirmation selon laquelle la proximité ne donne pas plus de liberté. Vous y attachez un type de gestion clanique fortement hierarchisé ce qui n'est de loin pas une obligation. La landsgemeinde peut en être un exemple flagrant...
Ceci dit je lirais volontiers votre livre, néanmoins actuellement le temps me fait cruellement défaut. Alors si vous aviez la bonté d'âme d'en proposer une vision synthétique, ça ne serait pas de refus...

Écrit par : Cain_Marchenoir | 22/12/2010

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