20/03/2008

MANHATTAN SUR GENEVE

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À l’heure où le projet de la Praille-Acacias-Vernets (PAV) entame une nouvelle phase dans le long processus de mise en œuvre, il est bon de rappeler les effets pervers liés à la mobilité péri-centrale qui a éloigné les populations du centre-ville.

Les régions métropolitaines sont traversées par la double pression de centralité et de mobilité péri-centrale. À la fois, la concentration économique crée la centralité et paradoxalement, elle organise son augmentation du prix du mètre carré qui conduit à une décentralisation. L’habitat est en premier pénalisé par cet effet de cascade sur les prix immobiliers. Les travailleurs sont confinés dans les périphéries de la métropole du simple fait d’une perte du pouvoir d’achat dû au renchérissement du marché immobilier. Le même principe désavantage les centres commerciaux (malls), les entreprises et même les administrations qui font face à des loyers inabordables et doivent quitter le centre pour la périphérie. Ce phénomène implique un étalement sur le territoire qui risque de vider le centre-ville de ses activités et de ses habitants.

Cette logique immobilière persistante a des effets préjudiciables notamment sur les équilibres financiers de ces villes/centres. En effet, celles-ci continuent à supporter la lourde facture des infrastructures tout en perdant ses meilleurs contribuables. Ainsi, certains centres en Europe comme Bruxelles ont subi de plein fouet la logique de ce mécanisme en laissant le centre-ville aux plus démunis. Alors que dans certaines villes américaines comme Washington ou Philadelphie, le mouvement inverse de « gentrification » a ramené des populations aisées vers le centre. Ces « bobos » (bourgeois-bohème) ont particulièrement bénéficié de prix immobiliers attractifs dus à la dévalorisation de ces quartiers.

Ces mécanismes ne sont pas systématiques dans la mesure où parfois, les pouvoirs publics ont servi de contrepoids en intervenant dans le processus, soit comme acteur immobilier majeur par le biais des fonds de pension des fonctionnaires, soit par l’instauration d’une régulation politique restrictive. Ainsi, Paris a connu sans interruption un mouvement de délocalisation de ses habitants vers les périphéries (banlieues) qui, en cinquante ans a vidé la ville de 500'000 habitants. Les villes de Barcelone ou Amsterdam ont au contraire maintenu leur population en réhabilitant des friches industrielles ou portuaires en zones d’habitation mixtes.


Tous ces mouvements de grande ampleur ont subi les aléas des diverses pratiques politiques en place. Tous les concepts d’urbanité ont été portés et influencés par les intellectuels et les architectes du moment. Ainsi, les concepts de « zoning » et d’architecture fonctionnelle ont par exemple fortement conduit à la décentralisation et à l’étalement urbain dès la fin des années 50, mouvement largement prolongé dans les deux décennies qui suivirent.

Aujourd’hui, des préceptes porteurs de la nouvelle modernité se focalisent autour de la « classe créative » (Richard Florida) ou sur les « clusters » (Michael Porter) qui révolutionnent l’approche sur les nouvelles formes de centralité. L’une, déjà citée porte sur la « gentrification » et l’autre, favorise la création de pôles high-tech autour des centres universitaires en transformant des quartiers entiers grâce à la vague Internet (par exemple, le quartier du Sentier à Paris devenu « Silicon Sentier »).

07:07 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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