04/01/2017

LES RADIOLOGUES "VIRÉS" PAR LES ALGORITHMES?

Un article scientifique paru dans le prestigieux "New England Journal of Medecine" fait depuis trembler le monde des radiologues. Ecrit par le Docteur Obermeyer de la Harvard Medical School et son collègue Emanuel de l' Université de Pennsylvanie, il décrit comment les nouvelles techniques de l'intelligence artificielle qui s'appuient sur les Big Data et les Machines Learning, vont remplacer très avantageusement à terme les médecins radiologues en fournissant analyses et diagnostics en tant réel et sans frais!

C'est sans doute par là que tout va commencer. La médecine est à la veille d'une révolution sans précédente: celle du numérique (digital health).

La radiologie qui aujourd'hui coûte beaucoup d'argent au système de santé, est une cible privilégiée des innovateurs du "digital health". En effet, lorsque vous voulez pénétrer un métier, celui de la médecine en l'occurrence, autant commencer là où il y a des marges, de grosses marges. Ainsi si vous entrez dans le champ des radiologues et que vous pouvez offrir un meilleur service tout en cassant les coûts, alors vous êtes sûrs d'obtenir un large soutien ... notamment de la population et des politiques par conséquence.

C'est certainement ainsi que cela va se passer.

L'analyse des images est le champ d'activité de prédilection pour les algorithmes auto-apprenantes car ces dernières sont excellentes dans la reconnaissance de formes. Le suisse Reto Wyss de la start-up Vidi à Fribourg, en est d'ailleurs l'un des représentants les plus talentueux. Mondialement connu, il fait lire et interpréter à ses algorithmes auto-apprenantes un peu près n'importe quelle vidéo. Chercher une pièce défectueuse à la sortie d'une chaîne de production ou une globule blanche anormale au milieu de milliers d'autres, fait partie de ses prouesses. Alors imaginez-vous analyser une radio ... un jeu d'enfant!

Ces algorithmes ne sont pas de type systèmes experts comme jusqu'alors, car elles ne fonctionnent pas sur une expertise préétablie et normalisée dans des Data Bases. Non, elles ne cessent d'apprendre et de se perfectionner avec le flux constant de Big Data provenant de milliers d'expériences car plus vous les alimenter en données provenant de cas concrets, plus elles s'améliorent. Elles finissent par fonctionner parfaitement. Ce sera fatal à l'être humain qui atteint finalement toujours assez vite ses limites au contraire de ce type de "machine".

Le "Machine Learning", nom donné à cette discipline de l'intelligence artificielle n'a pas fini de transformer notre monde, car dès le moment où vous avez besoin d'analyser et/ou interpréter des images digitalisées, personne au monde n'est meilleur, ni plus rapide que ces machines "intelligentes" et virtuelles.

Ainsi, la médecine fera de plus en plus appel à ces techniques et donc demain, des métiers vont changer dramatiquement voir disparaître simplement comme celui des radiologues!

Personne ne va pleurer la fin des radiologues, ni même celle des notaires (qui eux seront anéanti par les blockchains comme nous l'avions montré dans une chronique précédente) ... mais il serait bon tout de même de faire un bilan prévisionnel de ce qui pourrait se passer à terme dans le système médical. En effet, on est peut-être dans ce domaine à l'aube de l'une des plus grandes révolutions humaines ... et c'est primordial de s'y intéresser car celle-ci concerne nos vies.

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Références: NEJM, 29 septembre, 2016, Vol. 375:13, pp. 1,216-1,219

Cet article a paru dans l'AGEFI page 6 du 4 janvier 2017

01/01/2017

LE LUXE EN PANNE !

En 2016 selon Brain & Co, la croissance de l'industrie du luxe n'a été que de 4%.

C'est peu au regard de ces dernières décennies. L'ouverture des pays de l'Est et de la Chine à l'univers du marché libre a fini de produire son effet. On entame une "nouvelle " normalité selon les experts. Cela stagne et en d'autres termes, il va falloir changer la manière du management de l'industrie du luxe selon cette étude. 

Fini la gestion de la croissance à deux chiffres, l'ouverture rapide de boutiques souvent effectuées par vagues incontrôlées (Chine,...)... c'est fini et bien fini....il va falloir serrer les boulons, rationnaliser, augmenter la productivité ou/et diminuer l'appareil de production et faire des économies notamment dans le marketing... tout cela est très nouveau -pour la branche- car depuis deux décennies environ, on vivait une situation quasiment irréelle.

Bref, le luxe (dont les montres suisses ont sous performées l'ensemble selon la même étude en 2016 avec -10% ) va connaître une phase de compétition pour la conservation des parts de marchés et non plus comme auparavant une phase de conquête de nouveaux marchés (Chine, etc.)... ce n'est pas la même chose et ce ne sont certainement pas les mêmes dirigeants qui pourront entreprendre ce travail... place au "killers" et fini les "beaux" parleurs !

De plus, le marché du "off-price" qui représente plus de 38% des ventes dans la montre de luxe devra être repris en main... ce n'est en effet plus possible d'avoir un marché stagnant qui offrirait en même temps un marché parallèle (gris) qui casse les prix jusqu'à plus de 40% de la valeur des montres.

Car ne l'oublions pas le luxe est un univers singulier qui a de tout temps suscité envie et désir chez les consommateurs pourvu que les prix soit contrôlés (et si possible en augmentation d'année en année). Un produit de luxe ne se reconnaît pas seulement à sa sophistication supérieure à ce qu’un usage simple de l’objet ne pourrait normalement exiger, à son prix plus élevé et à la symbolique, la mesure dans laquelle l’acquisition du dit produit de luxe est liée au message qu’il fait passer, mais surtout à l'attention que les compagnies accorderont à la valeur de l'expérience-client.

Ainsi le luxe va explorer demain de nouvelles voies moins matérielles et plus expérimentales comme les voyages, les croisières ou les séjours de luxe ... 

Le luxe semble donc quitter une phase sociétale de l'accumulation des biens pour celle dite "de l'expérience-client" ... sacré challenge pour l'industrie horlogère dont l'expérience-client est évidemment bien limitée....

 

20/12/2016

L'horlogerie suisse a déjà perdu 2 milliards en 2016 !

Mois après mois et depuis prés de deux ans, les exportations horlogères perdent du terrain. Résultats des courses: le chiffre d'affaire du "sell in" a perdu 2 milliards en 2016!

C'est beaucoup car cela représente aussi du travail pour le secteur. On estime à plus de 2'000 les pertes d'emploi.

Maintenant la question est: quand cela va-t-il va s'arrêter?

Sans doute, courant de 2017. Car on va assister à une forme de stabilisation à un niveau certainement plus bas que la folle année 2014... Mais tout de même raisonnable pour cette industrie.

C'est la principale leçon de cette crise: on a atteint une nouveau palier historique d'équilibre autour des 26 millions des montres suisses vendues en "sell in".

Il correspond à un monde économiquement plus stable car il n'y aura plus les fantastiques ouvertures des pays de l'Est et de la Chine à l'économie de marché... qui avaient provoqué une embellie des ventes et porté les marchés du luxe vers des sphères astronomiques.

La fête est finie. La nouvelle normalité, c'est une croissance mondiale plus stable.

Donc il va provisoirement se créer un nouveau palier de stabilité pour les montres suisses jusqu'à ce que les effets des "smartwatches" se fassent sentir.

D'après Martin Frey (CEO de Fossil-Suisse) dans un interview paru lundi 19 décembre dans Le Temps, on va bientôt s'apercevoir de l'importance des "smartwatches" sur les parts de marché de l'horlogerie suisse.

Cela aura aussi des conséquences pour les marques et pour l'emploi en Suisse.

28/11/2016

BIG DATA versus BIG BEN !

Dans dix ans, vingt ans ... l'horlogerie suisse telle qu'on la connait aujourd'hui aura disparue. 

Cette prédiction peut s'appuyer sur plusieurs constats. 

Résumé:

D'abord, l'enjeu économique et social du "temps" s'est déplacé vers les "données". 

Big Data plutôt que Big Ben semble murmurer la société. 

Ensuite, le marqueur sociétal qu'a été la montre suisse ces dernières années comme expression ultime de la société de l'avoir (accumulation de biens matériels), va céder la place à l'expérience client (accumulation de biens immatériels). Il faut bien le reconnaître la montre mécanique n'offre guère d'expérience-client au contraire de la "smartwatch" pleine de données à maîtriser comme celles liées aux activités sportives ou de santé.

Enfin, lorsqu'une industrie se rétrécie en perdant notamment des parts de marché ... elle a tendance à la longue de tranquillement disparaître ... Kodak avec la photo traditionnelle face au digital, Märkling avec ses trains électriques face aux jeux vidéos, Black Berry avec son clavier face au "touch screen" d'Apple, Les "Malls américains de brick and mortar" face aux magasins du e-commerce, etc... Donc, on le sait très bien en économie, lorsque 20 à 25 % d'un marché est pris par un nouveau produit alors les anciens s'éclipsent....

Le destin de l'horlogerie suisse se décide donc aujourd'hui ... soit on assiste à une forte réaction du monde horloger vers les "data" (le temps n'étant au final qu'une catégorie de données structurées) , soit "bye bye la Suisse" ...

 

22/11/2016

HORLOGERIE SUISSE: LA DÉGRINGOLADE ...

Avec 16,4% d'exportation en moins sur an (particulièrement pour Hong Kong (- 21,5) et les USA (-16,5) ... nos plus grands marchés) l'horlogerie suisse subit un revers très important. Conséquence directe: l'emploi souffre aussi: moins 3'000 postes pendant cette même période ... les chiffres ne cessent d'être mauvais, très mauvais... quand vont-ils s'arrêter?

C'est le moment de se poser les vraies questions comme: "Est-ce que le rêve est brisé"... car il faut bien l'admettre les montres suisses ne sont plus convoitées comme avant.

Une première explication pourrait être que les montres sont devenues trop chères dans un monde qui switch vers l'être plus que l'avoir.

Une seconde explication serait que les consommateurs d'aujourd'hui veulent une expérience-client ... et évidement ce n'est pas facile à offrir avec les montres traditionnelles ... les smartwatches échappent à ce constat. 

En conséquence, la chute des ventes observée depuis 16 mois maintenant, n'est vraiment plus seulement le fait d'une crise dite conjoncturelle mais plutôt d'une crise que l'on pourrait appeler "systémique" au sens où l'on assiste à un changement profond de modèle, de système.

il va donc falloir revoir les choses de fond en comble... c'est certain.

(à suivre)

 

06/11/2016

Horlogerie Suisse: Alliances à hauts risques !

Au regard de l'évolution historique des stratégies de la branche horlogère, après avoir connu, ces deux dernières décennies, une verticalisation économique – à savoir une phase caractérisée par des rachats de sous-traitants et l'ouverture de boutiques en propre mais aussi par la formation de grands groupes tels que Swatch, Richemont ou LVMH –, l'industrie horlogère a entamé une nouvelle stratégie, celle des alliances stratégiques: Hermès avec Apple, Tag Heuer avec Intel, Louis Vuitton avec Huawei, etc. On parle désormais d'horizontalité.

La "fashion attitude" pousse à l'idée d'écosystème et donc au développement de partenariats voir d'alliances. Ainsi, il semblerait que tout le monde ou presque cherche à faire des alliances. Du côté de l'offre, c'est clair. Les maisons négocient des partenariats avec des alliés compétents notamment dans les technologies ICT (Informatique - Communication - Télécommunication) mais du côté de la demande (le client). c'est moins évident car le client compose aujourd'hui lui même son "look". Il peut très bien associer une montre haut de gamme avec des jeans bas de gamme! Les codes ont changé et l'accumulation de l'avoir (société de la consommation) à céder le pas à l'expérience (voyage, événements, spectacles, etc.) et à la recherche du bien-être (spa, gym, trekking, etc.). 

On est finalement entré dans la société du spectacle prédite par Guy Debord. 

Ainsi le client veut aller de surprise en surprise. Mais la montre traditionnelle n'offre pas grand chose de ce point de vue là. Ce sont Fitbit, Garmin ou Apple les maîtres de notre temps. Avec les montres connectées ... il y a du vécu, de l'expérience ... des choses à faire, à calculer, à prédire : par exemple les distances parcourues (Fitbit) ou encore à parcourir (Garmin), les résultats à comparer (Apple), les progrès mesurés (tous) ... bref cela bouge grâce à ses propres données... on expérimente la vie, sa propre vie pas besoin de l'image des autres, on est l'image ... et on ne regarde pas simplement le temps (passé) mais nous même en action (selfies).

C'est cela le changement de temps ...

Et pour y parvenir il faut peut être faire des alliances... développer une stratégie horizontale.

Mais l'horizontalité, c'est aussi vouloir conquérir d'autres marchés du luxe ... à l'image de LVMH qui a un très large portefeuille de "maisons" dans la montre, la maroquinerie, les parfums, les vêtements, les vins etc. Cette horizontalité par des "merges & acquisitions" va sans doute prendre un très grand essor ces prochaines décennies.

Le mutation des stratégies industrielles du vertical à l'horizontal va nous réserver bien des surprises ... et parfois ces alliances vont s'avérer désastreuses si par exemple, elles sont trop asymétriques (le cas Tag Heuer qui confie tout l'intérieur de la montre à Intel peut être considéré à hauts risques alors qu'Hermès qui n'a fait que "prêter" son bracelet à Apple ne prend quasiment aucun risque) ... mais pour en revenir à l'actualité, il est incontestable que le "luxe" va à l'avenir créer des écosystèmes d'offres "produits" beaucoup plus large qu'aujourd'hui... que se soit par alliance ou par acquisition, on verra bien... tout est ouvert!

 

31/10/2016

le Matin du Soir: un jeu de mot ou une aberration?

Lancer un journal "on line" avec un rendez-vous fixé à 17h. c'est aberrant car les journalistes vont devoir retenir chaque jour l'information jusqu'à 17h, alors que celle-ci sera accessible partout ailleurs en continu...

... on pourrait même croire à un gag belge ... et pourtant, c'est ce que vont faire des journalistes suisses du Matin ...

donc comment imaginer un succès à cette approche de la "news décalées" alors que justement le continu est la marque de notre temps ... ainsi à l'ère du "tout, tout de suite" une telle aventure semble vraiment anachronique en temps décalé ... et même-ci elle sera personnalisée la "news" ne ce décide pas elle arrive ... et aujourd'hui il faut la saisir au plus vite....

Bon soyons indulgent: bon vent ... au news "décalées" et payantes !

28/10/2016

GARMIN versus ROLEX = 1:0

 

Sur les terrains de golf, on voit ROLEX partout sauf sur les poignets des joueurs car ils portent une GARMIN!

Résultat des courses, en 2016, Garmin va vendre autant de montres que ROLEX, soit plus de 600'000!

ROLEX joue la carte du golf en "sponsorisant" les tournois de renom mais aussi les golfeurs. Cependant pour un golfeur, ce n'est pas tant l'heure qui compte que la distance jusqu'au prochain trou. 

Donc Garmin en offrant ce service a pris la place de la Rolex sur le poignet et certainement ne va plus la lâcher.

En résumé, Garmin met à disposition des milliers de parcours pré-chargés en Europe et dans le Monde sur sa montre. Comme elle dispose d'un GPS, elle peut informer à tout moment le golfeur sur la distance exacte qui le sépare du prochain trou. Elle contient aussi une cartographie détaillée des parcours et apporte en plus des compléments d'analyse statistique de votre parcours. Car un golfeur a besoin d’une cartographie détaillée qui met en avant le parcours, ses obstacles, les distances et des conseils sur les choix tactiques à prendre, pour bien jouer. Ces produits permettent de faire gagner du temps par une prise de décision plus rapide : quel club choisir pour passer ce bunker ? Quelle distance pour arriver sur le green ? Une approche en un ou deux coups ? etc… Il faut comprendre qu’un golfeur joue avant tout contre lui-même. Il est alors important d’avoir un produit qui le rassure et l'accompagne dans ses choix. 

Voilà donc ... une nouvelle approche pour la montre:

(1) capter des données (ici la position par géolocalisation GPS) 

(2) analyser les données (ici proposer une distance sur le green)

(3) fournir une prédiction ou une action (ici un choix tactique)

Bref l'avenir de la montre, c'est de capter les données et non plus seulement de donner l'heure....

 

 

 

25/10/2016

Les ventes de montres connectées chutent ... pour l'instant!

En tout, 2,7 millions de montres connectées ont été écoulées de juillet à septembre 2016 (troisième trimestre), soit 51,6% de moins qu'en 2015 ... car dans cette période aucune nouveauté n'est venue véritablement soutenir les ventes (Apple Watch série 2 arrive seulement en fin de trimestre).

La chute des ventes mondiales de montres connectées s'est accélérée au troisième trimestre, emmenée par l'Apple Watch qui accuse un plongeon de 71,6%, selon des estimations lundi du cabinet de recherche IDC. Toutes marques confondues, 2,7 millions de montres connectées ont été écoulées au troisième trimestre, soit 51,6% de moins que sur la même période de 2015.

Apple ne divulgue pas officiellement ses chiffres de ventes, mais IDC les évalue à 1,1 million d'unités, soit 41,3% du marché mondial et un recul de 71,6% sur un an.

Au deuxième trimestre, IDC avait estimé la baisse à 32% pour l'ensemble du marché, et à 55% pour l'Apple Watch.

Question de calendrier

Le cabinet invoque en partie le calendrier de renouvellement des appareils: la deuxième génération d'Apple Watch n'est arrivée sur le marché que fin septembre, la nouvelle Gear S3 de Samsung n'est pas encore sortie, et plusieurs fabricants hésitent à proposer un nouvel appareil avant les fêtes car Google a repoussé à l'an prochain la mise à jour de son logiciel d'exploitation (Android Wear 2.0).

Toutefois, «il devient également évident que les montres connectées actuelles ne sont pas pour tout le monde», relève Jitesh Ubrani, un analyste d'IDC. «Avoir un but et une utilisation clairs est primordial, c'est pourquoi beaucoup de fabricants se concentrent sur le fitness à cause de sa simplicité. Mais à terme, différencier l'usage de la montre connectée et du smartphone sera un élément clé», prévient-il.

Au troisième trimestre, Garmin a pris la deuxième place mondiale derrière Apple, avec environ 600'000 unités vendues (20,5% du marché).

Samsung arrive en troisième position (environ 400.000 unités, soit 14,4% du marché), suivi par Lenovo et Pebble (quelque 100.000 unités chacun, pour respectivement 3,4% et 3,2% du marché).

 

référence publique

 

21/10/2016

Le Brexit fait vendre : + 32,4% pour les montres suisses !

Explications:

Tout le monde le sait: les montres suisses sont beaucoup trop chères. 

Elles ont doublé de prix à l'exportation en dix ans. C'est ridicule. Rien ne justifiait cette envol des prix ni innovation ni charges nouvelles ... si ce n'est bien sûr l'avidité des manageurs.

Donc aussitôt que leur prix baisse, comme par exemple en Angleterre avec la livre sterling qui s'est effondrée depuis le Brexit, alors les clients se ruent sur les montres suisses car elles se vendent à leur juste prix. 

En Angleterre, les montres ont été achetées en livre sterling avant le Brexit (il y avait là-bas des stocks pour une année)... et vendues toujours en livre sterling depuis ... donc les marchands anglais ont bien vendu chez eux car en monnaies étrangères les montres sont moins chères ... donc les exportations suisses de septembre montrent simplement qu'ils ont eu besoin de se réapprovisionner.

Tel est la leçon anglaise: +32,4% des exportations vers ce pays en septembre contre -5,7% pour le reste du monde.

Il est donc nécessaire pour éviter le prolongement de la crise horlogère actuelle d'effectuer au moins un retour salutaire sur terre car: 

        "le juste prix est un levier de croissance". 

 

 

19/10/2016

Calvin aurait adoré les Blockchains !

Pierre Lévy est l'inventeur, il y a 20 ans, du concept "d'intelligence collective". Concept qui a aujourd'hui beaucoup de succès dans la Silicon Valley. Actuellement, il est Professeur d'Etat à Ottawa. Blockchain est le sujet de notre entretien. Sa vision reste très avancée sur son temps. Pour lui: tous les intermédiaires ont du souci à se faire: Notaires, Avocats, Banquiers, Commerçants, etc. vont à l'avenir plus ou moins disparaître car la question de leur contribution dans la chaîne de la valeur va être challengée par les blockchains.

Voici en résumé le développement de son point de vue.

Comme tout le monde le sait maintenant, les blockchains sont des technologies informatiques destinées à suivre des contrats sécurisés, transparents et décentralisés et pas seulement ceux liés aux bitcoins.

Par extension, les blockchains constituent des bases de données qui contiennent l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis leur création. Ces bases de données sont sécurisées et distribuées : elles sont partagées par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité des données.

Ce qu'il faut surtout retenir, c'est l'absence d'intermédiaire. Imaginez-vous une société sans intermédiaire ... purement directe à l'instar de Luther et Calvin qui ont appelé les fidèles à s'adresser directement à Dieu en se passant des curés et du latin, ce qui a abouti à la création de la Réforme. Eh bien, c'est exactement ce qui se passe, affirme Pierre Lévy. On peut l'appeler de diverses façons: révolution numérique, révolution 4.0, etc. mais cela va bien au-delà, c'est la fin programmée ou codifiée des intermédiaires.

Personne ne semble prendre la mesure d'une telle Réforme. Et pourtant dans cette conception économique, le client parlera directement avec l'usine, il traitera immédiatement avec les fabricants et de même l'usine via l'Internet des Objets et les contrats de type blockchain n'auront plus besoin d' "inter-médiation". 

Cela est vrai pour la finance, le commerce, l'industrie... mais aussi pour les médias, l'enseignement ou encore et surtout les États. En comprenant bien que l'une des fonctions importantes des États, ce sont les enregistrements de toute sorte notamment des contrats comme les mariages, les naissances, les propriétés privées, etc. vous vous imaginez bien à quel point les blockchains vont révolutionner les Etats et sa bureaucratie en général. Plus besoin de notaires, ni de registres foncier avec les blockchains. Cela devient tout simplement très concret et va entraîner une réduction massive des fonctionnaires.

Pierre Lévy pense aussi que le domaine de la Santé va évoluer vers des pratiques digitales nouvelles et moins coûteuses. Ici il s'appuie sur l'idée que des actes médicaux de toute sorte vont être chaînés dans les blockchains. D'une part, cela permettra une meilleure prise en compte des actes médicaux par l'ensemble des parties prenantes de la chaîne de la santé afin d'en diminuer les erreurs, les doublons, etc. tout en améliorant la qualité des soins pour un moindre coût et d'autre part, permettrait une plus grande transparence des interventions. Le dossier médical serait alors une collection de plusieurs blockchains toutes liées à des maladies ou des interventions chirurgicales précises. Les "blockchains-santés" seraient notre historique médical sécurisé et accessible à tous les parties prenantes en temps réel et aussi connectées avec des capteurs incorporés (pacemakers) ou non (montre connectées). 

Les "blockchains-santés" du futur, ce sont donc à la fois des actes médicaux, des données actives provenant des capteurs, et des appréciations patients (self quantified) le tout dans un grand registre historique entièrement informatisé, transparent, sécurisé et distribué. 

En tous les cas, demain, la donnée-patient sera au cœur du processus santé.

 

 

(article paru le Mercredi 19 octobre dans le Journal économique AGEFI)

20/09/2016

Horlogerie Suisse: et maintenant le temps des faillites?

Les statistiques ne cessent de nous le rappeler: l'horlogerie suisse est en crise.

Les deniers chiffrent communiqués aujourd'hui par la fédération horlogère sont à cet égard à nouveau édifiants : les exportations horlogères ont vu leur valeur d'août 2016 perdre encore 11% (en termes réels) par rapport à août 2015, pour un total de 1,35 milliard de francs. 

C'est le quatorzième mois consécutif que cela baisse!

Mais tout le monde connait la cause actuelle de cette crise: une surcapacité de l'appareil de production par rapport à la demande. Surcapacité industrielle créée lors des années folles. 

Aujourd'hui, Il n'y a pas trente six manières de réagir, en fait il y a quatre possibilités: 

1- soit tout le monde réduit la voilure en même temps et on assiste à des licenciements ciblés - usine par usine - maison par maison mais en nombre limité:

        ... c'est largement ce qui se passe mais on est un peu dans l'urgence et en tout cas dans un mouvement de chacun pour soi

2.- soit on assiste à des regroupements, des acquisitions         

... comme récemment Frédérique Constant (par les japonais)... ou comme il y a quelques temps Eterna, Corum (par les chinois) ou bien avant encore comme Ebel, Concord (par les américains) 

3.- soit on attend les premières faillites pour résorber ce problème:

        .... et déjà toute la profession se demande qui va tomber le premier? ... Des prévisions sont faites en catimini... des noms sont évoqués ... tout le monde retient son souffle.

  ... on a déjà assisté à des disparition discrètement comme Favre-Leuba, Breva Genève, Fontainemelon, etc... 

        ... parfois plus bruyamment comme le "CLIP" de Michel Jordi... il y a quelques années, il est vrai... mais là on peut s'attendre à autre chose?

4.- soit encore l'industrie horlogère cherche vraiment un nouveau "levier de croissance"

        ... et là tout le monde le connait: c'est la montre connectée

Bref, on va probablement assister d'abord aux deux solutions évoquées ci-dessus (1+2) avant d'entamer sans doute la prochaine phase (3) celle des faillites .... oops .... et la 4ème c'est pour quand?

Cela aurait quand même été plus intelligent d'envisager aussi une offre de montres connectées tout de suite ... non?